Par dessus l'épaule d'Hisashi Hayashi II : Sail to India

[En Route vers les Indes]

Par dessus l'épaule d'Hisashi Hayashi II : Sail to India

Comme ils vivent au bout du monde ou presque, ce n’est pas toujours facile d’aller voir ce qui s’y passe. Heureusement, le monde moderne possède de grands tuyaux qui permettent aux passionnés d’échanger et de fertiliser les esprits avec des créations variées venues d’ailleurs.

Direction une fois de plus le bureau de monsieur Hisashi Hayashi au Japon. « Sail to India » est une des dizaines de nouveautés asiatiques qui seront présentées au prochain salon d’Essen 2013. Comme souvent au Japon, « Sail to India » est un petit jeu. Il est annoncé sur le site de l’éditeur à 500 Yens ce qui le met entre 5 et 6 € suivant le cours des monnaies.

Si le matériel le range dans la tendance minimaliste, le gameplay, lui, s’en extrait complètement avec une durée de partie d’environ une heure.

Les joueurs vont tenir les rôles de mécènes qui cherchent à favoriser la découverte et la conquête de l’Inde.

L’Age des Grandes Découvertes ; le Portugal, XVème et XVIème siècle. Alors que la mer Méditerranée est sous le contrôle de Osman Turk, les portugais y étaient sérieusement limités, ils cherchèrent alors de nouvelles routes pour le commerce.

De meilleurs bateaux, de meilleurs compas et la centralisation du pouvoir, aidèrent les portugais à partir à l’assaut de l’Océan Atlantique. C’est à ce moment que des marins tels que le Prince Henry, Batolomeu Dias et Vasco de Gama prirent la mer.

Dans ce jeu, les joueurs sont des nobles qui apportent leur soutien à ces marins partis découvrir la Route des Indes. Leur but est de surtout devenir le plus célèbre des mécènes.

La route de l’Inde est ici figurée par des cartes alignées. À une extrémité de cette route maritime se tient la ville de Lisboa. Les cartes les plus proches seront révélées dès le début de partie. Ce sont les ports déjà connus. Les autres cartes ont été réparties au hasard et ne seront découvertes qu’au fur et à mesure des explorations.

Les joueurs expérimentés joueront avec des dispositions complètement aléatoires tandis que les premières parties de novices se feront avec des cartes plus aisées, identifiées par des symboles pour aider au tri préalable.

Le but du jeu est de terminer la partie avec le plus de points de victoire. On gagne ceux-ci en explorant de nouvelles villes, en vendant des marchandises et en construisant des églises.

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Chaque joueur possède des kubenbois à sa couleur qui vont servir à noter les endroits où il dépense argent et énergie. Cela permet un challenge typique du jeu puisque les points de victoire, les conquêtes, les avancées techniques et scientifiques, les implantations, les bateaux, bref tous les éléments de jeu sont figurés par ces kubenbois. Ce qui veut dire que plus l’on gagne et l’on se développe, plus les possibilités se réduisent puisque le nombre de marqueurs est limité. Une fort belle idée sur les limitations de l’aventure humaine.

Pendant un tour, un joueur disposera de 2 points d’action. Pour 1 PA, voici ce que l’on peut faire :

Recruter

Cette action permet d’acheter pour 1 Or un nouveau kubenbois à sa couleur. Indispensable pour prospérer. Il arrive de la Réserve à Lisboa.

Naviguer

Cela permet de déplacer les kubenbois-bateaux d’une ou plusieurs cartes Ville Côtière adjacentes. Le nombre de cartes que l’on peut parcourir est indiqué sur une carte personnelle qui permet de connaître la vitesse des bateaux et l’argent possédé. Et tout cela avec les fameux kubenbois.

Quand on arrive sur une carte Ville non révélée, cela termine le mouvement du Kubenbois-Bateau.

Naviguer permet de déplacer tous ses Kubenbois-Bateaux en même temps.

Commercer

Les marchandises sont… aussi les fameux kubenbois. Vous pouvez les vendre à Lisboa. Un kubenbois-Marchandise se vend pour 1 Or. À partir de 3 vendus en même temps, on gagne également des Points de Victoire. Attention, on ne parle dans ce cas que de ventes de marchandises « différentes ». Une même marchandise ne compte pas. Il faut diversifier.

Sur les cartes de Ville Côtière ont trouve deux espaces correspondants aux marchandises spécifiques de cette ville.

Un Kubenbois-Bateau peut se transformer en Kubenbois-Marchandise en se plaçant sur une case marchandise d’un port. Dès lors, cette Marchandise sera considérée comme vendable lors la phase de vente. On peut ainsi vendre de l’Or, des Bijoux, du Café, du Sucre, du Tissu ou des Èpices.

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Construire

Toujours sur les cartes de Ville Côtière, on trouve deux emplacements Bâtiment. Il existe trois sortes de Bâtiments : Base, Èglise et Centre de Commerce.

Pour construire un nouveau Bâtiment, il faut que l’emplacement soit libre et avoir un Kubenbois dans le voisinage. C’est ainsi qu’un Kubenbois-bateau, un Kubenbois-marchandise ou un Kubenbois-bâtiment pour devenir un nouveau Kubenbois-bâtiment pour deux Or.

Chaque Kubenbois-Bâtiment permet d’obtenir son pouvoir associé.

La Base permet de déplacer autant de Kubenbois présent à Lisboa sur la carte Ville Côtière. La base rapporte 1 Point de Victoire en fin de partie.

Le Centre de Commerce permet de considérer que la marchandise de ce centre est vendue lors d’une phase de Commerce sans que le Kubenbois ne soit dépensé réellement. Le Centre de Commerce rapporte 1 Point de Victoire en fin de partie.

L’Église ne fait rien durant la partie mais rapporte 2 Points de Victoire en fin de partie

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Développer une avancée technologique

Il existe 3 cartes Technologies. On trouve sur chaque carte 4 emplacements différents.

Pour inventer une nouvelle Technologie, il faut donc :

Que l’emplacement désiré soit libre et disposer d’un Kubenbois-Scientifique sur sa carte perso. On transfère alors le Kubenbois-Scientifique sur l’emplacement convoité et celui-ci devient alors un Kubenbois-Technologie. Chaque Technologie a un coût à payer en Or.

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Dès lors, on profitera de l’effet de cette Technologie.

Par exemple, utiliser l’Imprimerie vous permettra de marquer 1 Point de Victoire pour vos futures découvertes Technologiques.

Développer l’architecture maritime

Cela permet d’augmenter la vitesse de tous les Kubenbois-bateaux. Pour 2 Ors, on passe de 1 à 2 déplacements. Pour 4 Ors, de 2 à 3.

Ce qui ne coûte jamais de Point Action

Renvoyer un Kubenbois-Bateau, un Kubenbois-Marchandise, un Kubenbois-Banquier (Or), un Kubenbois-Historien (Point de Victoire) à Lisboa ou ils redeviennent des … Kubenbois-Kubenbois.

Utiliser l’effet d’un Kubenbois-Technologie est gratoche aussi.

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Fin de partie

La partie se termine quand la dernière Ville Côtière a été explorée ou quand 2 joueurs n’ont plus de Kubenbois-Réserve en Réserve.

On termine alors le tour de jeu en cours, on en fait encore un et c’est fini.

Il est alors temps d’estimer ses gains.

Les Kubenbois-Historiens indiquent les gains de Points de Victoire accumulés durant la partie. On y ajoute les Points de Victoire des Kubenbois-Bâtiments et ceux accordés par les Kubenbois-Technologies.

Ce petit descriptif vous aura, je l’espère, informé pour savoir si le jeu va vous plaire ou pas.

Nous sommes ici dans du concentré de Kubenbois. Les fameux cubes vont valser de nature tout au long de partie pour endosser de nouveaux rôles en fonction de l’endroit où ils sont placés.

La gestion est donc à l’honneur dans ce jeu au matériel réduit mais où les décisions sont toujours importantes.

Il se destine donc plus à des joueurs un peu aguerris d’autant que la clarté de la règle proposée n’est pas un modèle du genre. C’est un peu une habitude maison visiblement.

Concept minimaliste cherche riche gameplay

pour relation sérieuse

La traduction française est assurée par nos complices Stéphane Athimon et Natacha Athimon-Constant. Le truc en fait serait de ne pas se contenter de traduire mais de réécrire complètement et ça c’est un peu plus difficile diplomatiquement.

« Sail to India » est donc un jeu minimaliste dans son concept et son matériel mais pas dans son gameplay. Le challenge est cette gestion d’un nombre de marqueurs (kubenbois) limités. Ces petits cubes vont venir prendre tous les rôles possibles du jeu sauf les cartes. Marqueurs de score, d’or, de mouvement, marchandises, personnages, navires, bâtiments, … C’est l’apogée et le paradis du kubenbois ! Plus en joue plus on se rapproche de la victoire mais… moins on en a pour enregistrer ses scores.

L’apogée du Kubenbois !

Regardez ces vilaines pistes de score des Points de Victoire et de l’Or. Elles ne vont que jusqu’à 5. Pour passer à six, il vous faudra engager un nouveau Kubenbois. Oui dans « Sail to India » on peut gagner plus de points qu’on ne peut marquer. L’excédent sera alors tout bonnement perdu. Un concept délicieusement pervers qu’il nous tarde d’essayer.

Toujours est-il que les amateurs de jeu de gestion et de minimalisme devraient avoir une petite alerte qui sonne dans leur tête.

Les graphismes originaux sont, comme à l’habitude, signés Ryo Nyamo qui n’est autre que l’épouse de l’auteur.

Le jeu est déjà signé avec AEG aux USA. Cela laisserait-il présager que Filosofia proposera une version française ? Visiblement il est encore trop tôt pour le dire. Alors le but de cet article ? Et bien comme d’habitude, que le public francophone puisse faire entendre son envie ou pas. Comme vous le savez, des éditeurs passent de temps en temps par ici. On ne veut pas leur mettre la pression mais…

Vous savez tout ou presque.


“Sail to India”
Un jeu de Hisashi Hayashi
Illustré par Ryo Nyamo
Publié chez Okazu Brand
Distribution : Japon Brand ?
Pour 3 à 4 joueurs dès 12 ans
Public : Amateurs & Connaisseurs
Durée : 60 min
Disponibilité :
- Première version en anglais/japonais à 500 Yen au Japon
- Nouvelle édition multilingue (dont français) pour Essen 2013 à un prix non connu à ce jour


2 « J'aime »

Merci pour cet article cher Docteur, il est vrai que j'ai beaucoup galéré pour la trad. J'ai eu beaucoup d'échange avec Hisashi pour savoir où on allait. Pour la réécriture je laisse cela au futur éditeur du jeu en français ;-)

2 « J'aime »

le jeu m'a l'air tres bien reflechi. un regal. par contre, il marchera que si le probleme d'ecriture des regles est corrigé, a mon sens.

Les Japonais se mettraient-ils à faire des jeux à l'allemande ?

Après avoir conquis les Européens et de nombreux Américains, le kubenbois deviendrait-il la référence mondiale ?

Juste une remarque avant de vous dire des choses gentilles, et tout, Dr Mops.

Le jeu est annoncé à 500 yens sur le site de l'éditeur...

C'est en effet le prix de vente du jeu lors de sa première sortie au Tokyo Game Market au printemps. De nombreux auteurs de jeux proposent, comme un défi, des jeux à 500 yens qui sont en nombre très limités (à moins d'être un fou furieux du jeu de société, impossible de mettre la main dessus) et généralement jamais réédités.

Là, vous parlez d'une vraie version, avec une boîte et des cartes bien jolies. Le jeu en réalité coûte depuis sa réédition (ou sa véritable édition) 3000 yens (25 euros, ce qui du coup, rend le jeu cher en comparaison de ce que cette somme permet de proposer en Occident). Hayashi n'a sans doute pas mis à jour cette information. Je fais peut-être le tâtillon mais pour moi, cette réalité du jeu de société cher au Japon se doit d'être connue.

Maintenant, les trucs gentils :) Merci pour l'article. Pas facile de retranscrire justement le jeu, et je trouve que vous y êtes parvenu avec talent. Je vous rejoins, ainsi que Sathimon, pour la règle écrite avec les pieds, et des pieds japonais, c'est encore plus difficile à déchiffrer. On a laissé tomber la première fois qu'on a voulu jouer au jeu. Puis, je m'y suis remis récemment, et j'avoue que le jeu est plaisant. Je le trouve juste un peu trop long.

Hayashi qui ne parle pas de trains, pour moi, c'est une bonne nouvelle. Oui... je ne suis pas fan des jeux de trains, mais j'aime les jeux de Hayashi, quand même.