Monsieur Phal

Lucca Comics & Games 2007

Lucca Comics & Games 2007
L’actualité ludique automnale ne s’arrête (heureusement !) pas à Essen, même s’il s’agit de l’événement majeur que tous les « homo ludis » de la planète attendent avec impatience. Un autre rendez-vous qui devient tous les ans plus important est Lucca Comics & Games, qui se déroule durant le week-end de la Toussaint. A l’image d’un marché italien du jeu qui est complètement en train d’exploser, le festival attire toujours plus de visiteurs. La barre des 90.000 devrait avoir été allègrement franchie pour l’édition 2007. Je m’y trouvais avec la casaque Tric Trac pour un petit reportage.
Quelques informations
Le festival de Lucques a été créé en 1966. Il s’agissait alors d’une manifestation uniquement dédiée à la bande dessinée. Ça n’est que plus tard, en 1993, que les premiers jeux ont fait leur apparition. L’Italie ludique de l’époque était très concentrée sur le jeu de rôle et le wargame (fantasy et historique). Depuis, les choses ont bien changé et c’est le pôle « jeux » qui tire le festival et assure en grande partie sa croissance. Néanmoins, et c’est certainement un bien qui confère à cet événement une particularité appréciable, tous les secteurs ont été maintenus, assurant une mixité originale et joyeuse. Ainsi, on trouve côte à côte des cosplayers (dont la qualité des déguisements ne cessent de s’améliorer), des joueurs de GN (il serait dommage de ne pas profiter du caractère médiéval de la cité !), des rôlistes, tous les types de passionnés entre JdS, JCC et jeux vidéos, des fans de BD, des amateurs d’art (de nombreuses expositions artistiques en particulier liées au dessin sont organisées) mais aussi de plus en plus de familles qui viennent découvrir simultanément BD et jeux, tout en profitant du superbe centre historique de Lucques, qui mérite à lui seul le détour. Car la très bonne idée de 2006, et qui se maintient, est d’avoir ramené le festival dans le centre (à l’occasion des 40 ans) en éparpillant les espaces et les tentes dans les rues et les places piétonnes.
90.000 personnes donc étaient réunies. C’est beaucoup mais ça peut ne pas paraître si impressionnant. Il faut que je précise que l’entrée est payante : 10€ par jour en plein tarif ou 30€ pour les quatre jours de salon. Un prix déjà significatif mais amplement justifié, qui a le mérite de réaliser une « sélection » du public qui assiste en connaissance de cause. Ceci se traduit par des exposants très heureux de leurs ventes, autant pour la BD que pour les jeux !
En toute subjectivité, Lucca est un festival que j’adore et que je vous recommande chaudement !
PS : Lucques, c’est la Toscane et la Toscane est une région très renommée pour sa gastronomie, en particulier la charcuterie et la viande.
Jeu de l’Année
Le festival de Lucques est l’événement ludique majeur en Italie. Les prix qui y sont décernés, les « Best of Show », sont de fait reconnus comme l’équivalent de « Jeu de l’Année ». Il s’agit d’une sélection type « Spiel des Jahres » car effectuée par un jury de spécialistes italiens, sans participation du public.
Voici les vainqueurs 2007 parmi les 4 catégories officielles :
- Best of Show jeu de société : Kingsburg de A. Chiarvesio et L. Iennaco chez Counter-Stratelibri
- Best of Show jeu à collectionner : World of Warcraft – Nucleo Ardente chez Upper Deck
- Best of Show jeu de cartes : Wings of War – Dawn of War de A. Angiolino et P. Paglia chez Nexus
- Best of Show jeu de rôles : Sine Requie Anno XIII de M. Cortini et L. Moretti chez Asterion Press
Par ailleurs, le « Best of the Best » récompense la meilleure création toutes catégories confondues. Cette année encore, le lauréat est le jeu de société, à savoir Kingsburg.
Enfin, des « Side Awards » sont attribués. On citera en particulier Les Princes de Florence chez Nexus comme « meilleure mécanique » et Kragmortha chez Counter-Stratelibri comme meilleur « family game ».
Concours Gioco Inedito
Des concours à la création de jeux, il en existe, mais souvent assez « underground » et réalisés par des associations. C’était également le cas du « Premio per il Miglior Gioco Inedito » qui existe depuis 20 ans désormais. Mais depuis 4 ans, la daVinci Editrice s’est jointe à l’initiative, ce qui donne outre du prestige au concours, un premier prix de choix : le vainqueur voit son jeu publié à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires dès le premier tirage !
Les lauréats précédents ont été Lucca Città de A. Zucchini en 2004 (donc édité en 2005), F.A.T.A. de M. Mealli et G. Rabbini en 2005, entre-temps reproposé avec de nouvelles règles en tant que F.A.T.A.L. et Borneo de P. Mori en 2006.
Pour donner un ordre de grandeur, F.A.T.A. a été publié à 30.000 exemplaires lors du premier tirage et traduit en 8 langues.
Ouvert à tous
On l’aura compris, le concours mérite d’y participer ! D’autant que si le vainqueur est récompensé d’office, d’autres jeux peuvent également être repérés par le jury qui proposera des améliorations et fera des recommandations aux éditeurs, daVinci en tête naturellement. C’est ainsi que par exemple Chang Cheng de W. Obert est passé par le concours avant de devenir ce qu’il est, sous une autre forme.
L’édition 2007 a été très positive pour les organisateurs qui ont reçu entre 40 et 50 prototypes de bonne qualité, en provenance d’Italie mais également pour près de la moitié d’entre eux du reste du monde, comme de Suède, des Etats-Unis ou de Chine !
J’insiste sur ce concours TRES intéressant et ouvert à tous gratuitement ! En effet, aucun auteur français n’a participé...
Revenons sur le concours 2007, dont le jury était présidé rien que moins par Joe Nikisch, créateur d’AbacusSpiele et vainqueur du Spiel des Jahres avec Zooloretto. Sur le thème imposé de cette année « Aller et retour », le premier prix est finalement allé à The Age of Exploration du Taiwanais Li Tsan Din. Il s’agit d’un jeu de commerce maritime, très calculatoire et de gestion entre organisation de voyages et mise en vente de marchandises au marché, aux meilleures conditions. Bon allez, je me mouille, si je comprends les qualités du jeu dans les compromis à trouver, je le trouve toutefois quelque peu poussif et lent. En revanche, j’apprécie beaucoup Borneo.
Les deux autres finalistes étaient le jeu de voyages à travers le monde Globetrotters du Suédois David Fröjmark et celui de voleur d’œuvres d’art Mani in Alto de l’Italienne Michela D’Adezio.
Participez !
Pour tenter sa chance, il faut respecter quelques règles. Tout d’abord suivre le thème imposé qui change tous les ans. Pour 2008, il devrait être défini courant janvier pour une participation possible jusqu’au premier lundi de juillet. Naturellement le jeu ne doit pas être une pâle copie de jeux déjà sur le marché.
Par ailleurs, le jeu doit être composé uniquement de cartes 6x9 cm, sans texte et au nombre maximum de 110. Le règlement, rédigé en italien ou en anglais, doit tenir sur 6 pages maximum de format A4, avec précisions quant au nombre de joueurs et de la durée approximative des parties.
L’organisation demande à recevoir une version électronique et une version papier des jeux à l’adresse suivante :
Concorso Gioco Inedito
Casella Postale 386
55100 Lucca – Italie
Pour qui aurait l’occasion, il est également possible de déposer le dossier directement au siège (physiquement, pas par courrier !) : Via della Cavallerizza, 11 à Lucques.
Pour plus d’informations, je vous donne l’adresse e-mail de l’un des membres de l’organisation et du jury : antonio@ludolega.it
Tour d’horizon des jeux
Bon, ce qui nous intéresse, c’est de parler de jeux. Lucca se déroulant juste après Essen, il y a naturellement du déjà-vu pour qui se serait rendu à La Mecque ludique. Cela reste toutefois du tout frais et cela donne l’occasion de parler du marché italien, en pleine expansion. Tous les signaux sont au vert... et les chiffres d’affaires aussi. Je commence donc par cela grâce notamment à une discussion intéressante et approfondie que j’aie eue avec Spartaco Albertarelli, réputé auteur de jeux mais également responsable du développement de la Editrice Giochi, le plus grand éditeur italien. EG a fait +30% en 2006 et fera +30% en 2007. Il ne s’agit pas d’une exception. Pourquoi ? Parce que le marché qui était en train de mûrir est maintenant en train d’en récolter les fruits. Les « grand public » comme EG (surtout connu pour Monopoly et Risk en Italie) se mettent à proposer du bon gros jeu lourd. Sur cet exemple précis, Spartaco Albertarelli s’est fait plaisir en réalisant notamment Dust dont il est l’auteur. En même temps, quoi de plus normal ? Le jeu est inspiré d’une BD dont l’auteur est... un ami d’enfance d’Albertarelli ! Pour faire simple, il s’agit d’un Risk version science-fiction avec une pointe de Diplomatie. Toujours chez EG, on trouve la version italienne de Beowulf par exemple, mais aussi cette intéressante nouveauté : Petropoli, dans la thématique du pétrole et de la gestion des ressources, qui ressemble à un Monopoly amélioré avec un style très années 80. Et bien mon petit doigt me dit que ce jeu-là risque de devenir un gros best-seller !
De l’autre côté, les éditeurs « de niche » s’ouvrent au grand public. C’est notamment le cas de Counter-Stratelibri, une maison d’édition qui a fait peau neuve (bien lui en a pris !). C’est ici que l’on trouve le vainqueur du meilleur family game : Kragmortha de W. Obert. Encore une fois, il s’agit d’un jeu inspiré d’une bande dessinée dont le personnage principal est le maître des ténèbres Rigor Mortis. Dans notre jeu, il est celui qui inflige des « punitions » aux joueurs qui le dérangent dans son laboratoire. Punitions dans le style d’Elixir : jouer la bouche ouverte, en tenant les mains comme des « pinces de crabe » ou encore sans prononcer certains mots. Et ce, pendant toute la partie ! Rude mais amusant.
Chez le même éditeur, on trouve des accords avec des jeux Disney et pour enfants, la distribution Queen Games ou encore les Halo Actionclix. Les temps changent... en mieux ! Cela n’empêche en effet pas Counter-Stratelibri d’avoir gagné le Best of the Best avec le bon gros jeu Kingsburg, qui a rencontré un très bon accueil à Essen. Pour qui ne l’aurait pas noté, il s’agit d’un jeu de nouveau italien, de A. Chiarvesio et L. Iennaco. Quand je vous dis que le jeu italien se porte bien ! En l’occurrence, le succès est absolument mérité, ne serait-ce que pour la très intelligente utilisation des dés.
Massimo Lizzori de Counter-Stratelibri a également le sourire pour d’autres raisons, par exemple pour le succès de la gamme de Sì, Oscuro Signore!, toujours du même dessinateur de Rigor Mortis. La nouveauté pour Noël sera la sortie de la version « mafieuse » Sì, Oscuro Padrino!. Il s’agit de jeux « à raconter » dans l’esprit de Il était une fois....
Les nouveautés italiennes sont tout simplement trop nombreuses pour que j’eusse pu tout voir ! Voici donc une synthèse de ce qui m’a plu. Et je commence par deux petits et nouveaux éditeurs, qui font parler d’eux. Le premier est une association romaine qui a franchi le pas de l’édition : Giochix.it (le site internet est naturellement www.giochix.it). Ils ont sorti deux moyens jeux de cartes sympas et intelligents, et qui ont bien plu à Essen. Le premier est Bulp!, un jeu de connection hydraulique, et le second Medievalia, un jeu médiéval où chacun aspire à la croissance de son fief au détriment de ceux de ses voisins. Si des éditeurs me lisent, Giochix.it cherche des partenaires en France. Alors si ça vous intéresse, voici les adresses e-mail de deux responsables : luca@giochix.it et michele@giochix.it.
Deuxième petit éditeur : Ghenos Games (www.ghenosgames.com), cette fois-ci de Milan. Là, on parle de lourd ! Après le succès de Bolide, sur le thème des courses automobiles, les nouveautés 2007 sont Race the Wind, qui s’inspire fidèlement des courses de l’America’s Cup et Rugby World pour les fans d’ovalie. Les jeux ont la particularité de coller aux vraies règles de la thématique, pour un minimum de hasard. Et puis petite surprise du salon : Camper tour du décidément en forme S. Albertarelli ! Un jeu très léger de chance et de « stop ou encore », sponsorisé (pour de vrai !) par le leader mondial de toilettes pour camping car ! C’est pas la classe, ça ?
En bref encore : le jeu tiré d’un best-seller italien de la BD (finalement un festival qui réunit BD et jeux s’explique, non ?) Rat-Man – Il gioco senza nome chez Panini.
daVinci propose une superbe édition en forme de balle de revolver du jeu Bang! (Wanted! en français). Enfin, Nexus sort Rattle Snake un étonnant jeu magnétique et le jeu historique Garibaldi – La Trafila. En ce qui me concerne, j’attends avec impatience la sortie du jeu de Conan !
Je n’ai pas parlé des autres jeux, des initiatives comme « Sprechen Sie Deutsch? », sur les jeux allemands ou bien encore des invités de marque comme Reiner Knizia. Etc.. Etc.. Bref : venez découvrir vous-mêmes la richesse de ce salon. Rendez-vous pris pour la Toussaint 2008 !
Les photos Tric Trac : cliquez là !

Pour Tric Trac,
Monsieur sanyo.pachinko, Reporter.
Crédits photos : Monsieur sanyo.pachinko

/

En cliquant sur Like, vous donnez un peu plus de visibilité à cet article.

Je n'aime pas

Photos

À suivre, en reportage...

Commentaires

Default