[JeuxNco.org] Essen 2011

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Une année en demie-teinte ?

Pendant le salon, d’allées en allées et de halls en halls, en croisant d’autres joueurs et en discutant des découvertes de chacun, l’impression globale au sein de la communauté française était celle d’un « petit » Essen : il n’y avait pas cette fois-ci de bon gros jeu qui déclenchait l’enthousiasme général, pas d’échanges verbaux sympathiques et passionnés à propos de « LE » jeu d’Essen 2011… Quelques rumeurs, des impressions contradictoires, et pas de buzz fédérateur.

Pas possible ! Essen serait-il devenu vraiment surfait ?

Plusieurs éléments qui pourraient expliquer cette sensation :

- Beaucoup des jeux les plus attirants sont aujourd’hui édités par des français/francophones, aussi nombre de joueurs français ne les ont pas découverts sur le salon. En effet, ces jeux peuvent être retrouvés en boutique dès le retour en France ou presque (néanmoins, étant données les conditions de production, il y a de plus en plus de délais). Difficile de faire circuler des impressions quand on n’a pas joué au jeu, mais ça n’empêche pas qu’on l’a parfois déjà pré-commandé, en faisant confiance à l’éditeur (Tournay, Québec) ou parce qu’on a déjà joué au prototype du jeu dans l’un ou l’autre des nombreux festivals (où l’on peut découvrir un jeu plus agréablement que dans la foire commerciale du Messe).

- Corollaire : le milieu du jeu allemand n’est pas au mieux de sa forme. Après plusieurs déceptions ces dernières années (jeux manquant trop d’imagination, abus du mécanisme du worker placement, jeux très plaisants au départ mais finalement un peu creux), on a tendance à aller découvrir les jeux tchèques, russes ou japonais, plutôt que de retourner chez Hans im Glück ou Kosmos (à tort peut-être, parce qu’en lisant certains retours sur le net il semble finalement que Hawaï est un bon cru, et que Helvetia est plaisant).

- Il y a aussi le problème récurrent d’Essen : les jeux ne sont pas toujours bien expliqués sur certains stands, et de trop nombreuses erreurs ou approximations dans les règles empêchent parfois les joueurs de saisir le vrai potentiel d’un jeu (il suffit parfois d’un seul oubli, comme l’ont subi plusieurs joueurs avec Alba Longa cette année, pour transformer un bon jeu en expérience difficile).

- Les grosses sorties deviennent extrêmement difficile à jouer, à cause de l’affluence impressionnante, mais aussi du manque de place chez certains éditeurs (impossible de jouer au très attendu Trajan de Stefan Feld – une seule table ! – ou à Dungeon Petz par exemple).

- Avouons aussi que nous mêmes étions partis vers l’Allemagne avec notre enthousiasme spécialement dirigé vers… des extensions : Oikoumène pour Olympos, Hadès pour Cyclades et Black Secret pour Ghost Stories. Dans un marché ludique saturé de sorties, il est de plus en plus tentant de creuser un jeu qui le mérite et dont on sait qu’il a des tas de choses à offrir sur la longueur, plutôt que de faire la course au test des nouveautés et en rester à une sorte de superficialité ludique.
Malgré tout, Essen ça reste aussi un ensemble de nombreux moments de rigolade et de découverte en compagnie des amis joueurs d’un peu partout, l’occasion de ramener quelques trucs exceptionnels comme l’extension Catane pour 7 Wonders ou l’un des 100 derniers exemplaires collectors du génial A few acres of snow, de redonner une chance à des jeux à côté desquels on était passé parce qu’ils sont déstockés (Dakota, 20ème siècle, Android pour nous cette année) ou encore de débusquer d’anciens trésors à pas cher chez les vendeurs d’occasion (Attika, Java, Löwenhertz, et Pueblo).

Les jeux qui nous ont marqué sur place, après une partie :

- Infarkt, sur les conseils de nos amis rennais et testé le premier soir à l’hôtel. Si un jeu aura fait du buzz de notre côté, c’est assurément celui-là. Un jeu au thème impossible, à l’humour noir assez atroce, et vraiment très drôle. Une sorte de party game pour gros joueurs, ou un jeu de gestion pour party-gamer, on ne saurait trop dire. Du worker placement où on invite ses voisins pour leur faire manger des choses affreuses et où une visite de la belle-mère peut nous faire mourir de stress…

- Vanuatu, qui propose un mécanisme assez surprenant de choix d’action : les joueurs commencent par répartir 5 pions sur les cases des actions qu’on souhaite réaliser, puis quand on démarre le tour d’actions, un joueur doit faire une action où il a la majorité des pions sur la case liée… S’il n’a aucune majorité il doit tout de même enlever des pions d’une case. Et derrière ce système assez « méchant » de majorité, il y a un jeu de gestion à découvrir, avec la possibilité de pêcher et vendre, exporter des marchandises, faire venir des touristes, etc. Pour ne rien gâter, les graphismes sont assez séduisants (ça change, un plateau aux couleurs claires et sable).

- Sidibaba, où un groupe de personnages entrent dans un labyrinthe pour trouver le trésor des voleurs. On est directement mis en situation avec une vue 3D des couloirs caverneux qu’on arpente. Un maître du jeu met en place le décor au fur et à mesure, et il est le seul à savoir où se trouve exactement le groupe. Il joue lui aussi et son but est d’empêcher les aventuriers de sortir avec le grand trésor. De leur côté, les aventuriers essaient de se souvenir où ils sont passés mais ne coopèrent pas totalement : s’ils sortent, le gagnant sera celui qui a pris les meilleurs parts du trésor… Le tout se déroule en temps réel et propose quelques rebondissements bien sentis. Ce mélange très audacieux nous a semblé prendre parfaitement, et nous étions dans l’ambiance grâce à l’excellente présentation sur le stand Hurrican.

- The Blue Lion, qui est un petit jeu avec très peu de règles et très peu de matériel, mais assez pour se tordre agréablement les méninges. Deux joueurs, Arsène et Lady X, tentent de voler le célèbre Blue Lion lors de son exposition. Pour cela, ils doivent réaliser des combinaisons données sur l’étalage de cartes, avec seulement une possibilité à chaque tour : inverser deux cartes, retourner une carte, ou faire passer une carte d’une extrémité à l’autre de l’étalage. A la fois évident et intéressant, très simple à comprendre mais pas si simple à bien jouer : encore un petit bijou chez Jactalea.

- Get Bit a certes un thème impossible (des robots poursuivis par un requin !) et rien de bien fantastique au niveau mécanique. On est dans une sorte de variante de Stupide Vautour ou de Land Unter. Mais le matériel est irrésistible (les petits bonhommes articulés utilisés sont des plus anthropomorphiques et on risque de jouer avec ceux-ci longtemps après la partie, ou pendant l’explication des règles… Grrrr) et le jeu fonctionne très bien dans son genre.

- Burdigala, un nouveau jeu de Bruno Cathala chez un tout nouvel éditeur. Il s’agit d’un jeu très familial, mais avec de nombreuses bonnes idées qui font qu’un joueur confirmé ne s’ennuiera pas non plus. Le plateau est très réussi graphiquement (la boîte un peu moins peut-être) et ça tourne impeccablement. Un jeu fédérateur qui sera un nouvel excellent moyen de faire découvrir en douceur les jeux modernes aux accoutumés du Monopoly.

- GulliPiratten, chez Heidelberger. Où l’on incarne des animaux pirates naviguant dans les égoûts (après Get Bit tout est possible de toutes façons !). On essaye d’envoyer ses animaux aux meilleures places parmi trois bateaux, afin de récolter des couples d’objet exotiques comme boîte de conserve et ouvre-boîte, ou frites et ketchup. Le jeu est drôlement malin, avec les animaux qui ont tous des pouvoirs différents et une gestion de main de cartes, le tout évoquant une sorte de Cartagena où les pions (ici des figurines assez amusantes) auraient des pouvoirs.

- Toc Toc Woodman, un jeu d’adresse drôle et bête comme il faut, dont le matériel donne immédiatement envie de jouer. Il s’agit de secouer un tronc d’arbre avec une hachette afin de faire tomber les écorces mais pas le cœur du tronc. 100% plastique et 100% fun, un futur must de nos animations.
- Mogel Motte, découvert dimanche juste avant le départ sur les conseils d’Antoine Bauza. C’est le nouveau jeu de la gamme « Kaker Laken », encore un peu plus délirant que les précédents car il s’agit ici de se débarrasser de sa main de carte, en les jouant si possible, ou part d’autres moyens à condition de rester discret… Un jeu où on peut tricher, et inventé par des enfants, très réjouissant !

Et depuis Essen, nous avons eu le temps de découvrir parmi les nombreuses boîtes que nous avons ramené d’autres jeux que nous apprécions.

Avis à chaud après quelques parties à Jeux’n'CO :

- Tournay : Deuxième jeu Pearl Games, et hop, deuxième… perle ! Il était très attendu, donc ce n’est pas une surprise. Nous avions déjà joué au prototype et le jeu était déjà enthousiasmant. Le voilà maintenant avec de très belles illustrations d’Alexandre Roche, et quelques réglages supplémentaires pour les évènements, et forcément, on a adoré. Dès la première partie on perçoit qu’on aura pas mal de bonnes choses à creuser dans les parties futures, et cela n’empêche pas une prise en main facile, en tout cas par rapport à la complexité du jeu. Résultat, Tournay a survolé le classement Fairplay pendant les quatre jours du salon. Le voilà peut-être, le jeu qui rassemble tous les suffrages ! En tout cas on va le voir sans arrêt sur les tables de notre association.

- Mundus Novus : Une belle petite claque ludique. Le genre de jeu qui nous attire immanquablement avec des illustrations magnifiques et qu’on jouera longtemps grâce à des mécanismes au poil. Quelque part entre San Juan et Gang of Four, il est très addictif de par son élégance, et fort rafraîchissant de par sa fluidité. Un vrai coup de coeur pour de nombreux membres de Jeux’n'CO.

- Les extensions qu’on attendaient : Cyclades : Hadès et Olympos : Oikoumène sont telles qu’on s’y attendaient, produites avec soin, prolongeant la profondeur et le plaisir du jeu, sans toucher aux équilibres subtils des excellents jeux de base. Ghost Stories : Black Secret renouvelle plus profondément le jeu original car il permet à un joueur d’incarner Wu-Feng (imaginez que les fantômes n’arrivent plus au hasard, mais sont placés ingénieusement ! Heureusement les taoïstes ont de nouveaux pouvoirs également). Avec cette deuxième extension le jeu atteint sans doute un niveau de richesse stratégique inégalé dans les jeux coopératifs. Antoine Bauza rejoint Reiner Knizia et son immortel Seigneur des Anneaux au sommet du genre. Incontournable.

- Upon a Salty Ocean : A première vue, une sorte de mélange entre Brass, Hansa Teutonica et A l’ombre des murailles. Très très prometteur après une première partie où on a malheureusement fait quelques erreurs de règles (les règles françaises manquent franchement de précision pour un jeu de cette catégorie).

- Eclipse : Twilight Imperium + Through the ages, et le tout en beaucoup plus court, vous en aviez rêvé ? Un nouvel auteur finlandais l’a fait et Ystari l’a sorti en français. Conquérir des systèmes solaires, gérer l’approvisionnement de son empire spatial, développer des technologies, et surtout faire du « tuning » de vaisseau spatial, ah, sûr que le fan de Star Wars en vous va être heureux… Plein d’éléments eurogaming à base de réflexion, mais des combats au dé qui peuvent tout changer, un peu comme l’exceptionnel Fortunes de Mer. Reste à voir lors des prochaines parties si on n’est pas trop frustré de perdre sa stratégie géniale à cause d’un dé malencontreux.

- Panic Station : Bizarrement très décrié sur le net, le jeu nous a bien plu… Quand certains se plaignent qu’on a « tous gagné si on finit tous contaminés donc il suffit de se laisser contaminer », je me demande comment on peut passer à ce point à côté d’un jeu et d’un thème. Revoir Alien ou The Thing, et c’est l’assurance d’aborder le jeu avec une seule envie, ne pas se laisser faire et aller cramer ce p*tain de nid d’aliens. On le prendra d’abord pour un jeu d’ambiance, avant de se rendre compte qu’il y a des petites choses bien vicieuses à mettre au point…

- Revolver : Excellent jeu asymétrique pour deux joueurs. L’un joue le gang Colty qui s’enfuie en tirant en tous sens après avoir dévalisé une banque, l’autre joue le colonel McReady qui les poursuivra sans relâche. Un jeu assez nerveux, où tout le sel réside dans le choix du moment où jouer ses cartes.

- Drako : Autre jeu à deux asymétrique, genre décidément à la mode (surtout après le chef d’oeuvre A Few Acres of Snow il y a quelques mois), où s’opposent un dragon et une équipe de trois nains. Gestion de main et placement au programme. Comme un morceau d’action extrait d’une épopée fantasy, Drako est tendu, très disputé et vite joué.
Pas mal pour un « petit » Essen, finalement, non ? Surtout qu’il nous reste Québec et Trajan à découvrir, et puis Ora et Labora, Kingdom Builder, Dr Shark, Alba Longa, Rallyman : Dirt, Santiago de Cuba, Drum Roll ou Dungeon Petz, etc. Si cette édition a manqué de jeux qui soient à la fois des suprises et des standards immédiats (comme le furent Caylus, Agricola, Dominion ou 7 Wonders par exemple), elle confirme surtout que l’Allemagne n’est plus la terre promise de l’édition ludique comme cela pouvait être le cas il y a quelques années. Aujourd’hui nous avons des éditeurs francophones qui sortent directement des jeux en français aussi excellents que Mundus Novus, Tournay ou Vanuatu, et des versions françaises sortent pour (presque) tous les jeux étrangers qui ont du succès.

Mais nous n’oublions pas que si à Jeux’n'CO nous avions eu la chance d’entendre parler de Hansa Teutonica lors des derniers instants d’Essen 2009, ce jeu phénoménal a assez peu fait parler de lui sur le net dans les mois qui ont suivis, et a mis beaucoup de temps à percer au regard de sa qualité. C’est l’un des effets de la profusion actuelle de jeux, donc on tentera de rester attentif aux petites merveilles qu’on a loupées, il y en aura sûrement !
En attendant, on aura déjà de quoi se faire plaisir pendant plusieurs semaines, et satisfaire tous les goûts, en faisant découvrir et en approfondissant des jeux aussi audacieux et réussis que Tournay, Ghost Stories : Black Secret, The Blue Lion, Sidibaba, Infarkt, etc.

Gontran


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