test de lemming

[Lemming]

Une légende raconte que de petites bestioles, à peine plus grosses que des rats, se regroupent sur les falaises escarpées des pays nordiques pour un joyeux suicide collectif dans les eaux noires de la mer. Ces petites bêtes sont appelées Lemmings, et vous vous apprêtez à mener 2 d’entre elles jusqu’à la fin de leur course effrénée. Prêt à faire le grand plongeon ? Dans le test bien sûr, pas dans la mer !

Default


Lemming
Un jeu de Sebastian Bleasdale
Illustré par Loïc Billiau
Publié par Amigo SPIEL + FREIZEIT GMBH, Gigamic, Piatnik
2 à 5 joueurs
A partir de 8 ans
Langue de la règle: Française
Durée: 30 minutes
Prix: 25,00 €


Préambule :

Sébastien Bleadsdale a déjà enchanté les amateurs de meeple avec Keyflower, et son Black Fleet s’apprête à sortir chez les Space Cowboys. Lemming bénéficie du savoir-faire de 3 éditeurs : si j’ai bien compris Piatnik a fait l’importation, Amigo édite et Gigamic le distribue chez nous. Tous les trois sont connus pour leurs productions ludiques souvent enfantines, que ce soit Amigo et sa gamme de jeux en petites boites, Gigamic et ses boites métal ou encore Piatnik et ses jeux pour enfants.

Les règles :

Comme dans toute bonne course qui se respecte, votre but sera d’être le premier, en l’occurrence à amener vos 2 lemmings jusqu’à la ligne d’arrivée.

Les lemmings commencent la course sur la ligne de départ. À côté du plateau, vous placerez les tuiles ainsi qu’une carte de force 2 pour chaque terrain. Vous débutez la partie avec une main de cartes dont la quantité dépend du nombre de joueurs :

A 2 joueurs, le premier reçoit 5 cartes, le second 6.

A 3 joueurs, le premier en reçoit 4, le suivant 5 et 6 pour le dernier.

A 4 joueurs, le premier reçoit 3 cartes, puis 4, puis 5 et enfin 6.

A 5 joueurs, le premier reçoit 2 cartes, le suivant 3, puis 4, puis 5 et enfin 6.

A son tour de jeu, un joueur aura le choix entre 2 actions. Soit se défausser de ses cartes pour se refaire une main de 6 cartes, soit poser une carte sur l’une des piles de cartes terrain. Deux cas de figure se présentent alors :

- Vous jouez une carte égale ou inférieure à la dernière posée. Dans ce cas, l’un de vos deux lemmings va avancer de la somme des valeurs de toutes les cartes de ce terrain. Si vous venez de poser une carte désert de force 1 par-dessus deux cartes désert de force 2, votre lemming avance alors de 5 cases sur des cases désert (ou prairies, terrains neutres représentés par des cases vertes claires). Un seul de vos lemmings peut être déplacé ainsi.

- Vous jouez une carte supérieure à la dernière posée. Dans ce cas, vous défaussez toutes les cartes présentes dans cette pile pour ne laisser que la vôtre et vous récupérez une tuile du même type de terrain pour la poser immédiatement sur le plateau. Vous avancez ensuite votre lemming d’autant de cases que la carte que vous venez de jouer.


Il existe 3 tuiles bonus pour chaque terrain, ainsi que 6 tuiles prairies qui sont piochées dès qu’un autre type vient à manquer. S’il ne reste plus de prairie, tant pis pour vous ! Ces tuiles peuvent être placées n’importe où, y compris par-dessus une autre tuile ou sous un lemming.

Autre particularité du jeu, la possibilité de pousser les autres lemmings. Lorsque vous vous trouvez derrière un lemming et que vous désirez avancer, vous pouvez pousser celui qui est devant si vous possédez assez de mouvements pour pouvoir pousser les deux petites bêtes. On ne peut que pousser un lemming vers l’avant, mais il n’y a pas de limite au nombre de lemmings susceptible d’être poussés du moment que vous avez assez pour payer leurs mouvements.

Le premier qui réussit à faire franchir la ligne d’arrivée à ses deux lemmings remporte la partie.

Les règles sont en 5 langues : français, anglais, japonais, polonais et enfin l’allemand où une idéo est même disponible.

Le matériel :

Lemming est vendu dans une petite boite rectangulaire, proche de celle de Splendor. A l’intérieur on retrouve un plateau de jeu, des cartes, des tuiles et 10 lemmings en bois. Si la couverture est amusante avec des copies de pikachus sous acide, le plateau est beaucoup plus austère, notamment au niveau des cases. Les cartes sont toilées, donc assez résistantes, et les tuiles bien que légères ne bougent pas trop une fois sur le plateau.

Ce qui est assez déroutant dans Lemming, c’est le décalage qu’il peut y avoir entre le visuel de la boite, le thème, la photo du matériel, le plateau qui laissent augurer d’un jeu costaud, et de l’impression finale face à des règles simples. On passe un peu du « tiens c’est mignons ces petites bêtes » à « Oh il y a un plateau avec des hexagones, comme dans les vieux wargames » puis « c’est rigolo ce thème, mais ça va coller avec ce plateau ? » pour finir sur « D’accord, donc le jeu n’est pas si complexe, mais pourtant… ». On passe sans cesse, au début tout du moins, d’un ressenti à l’autre.

Sur l’édition en elle-même la qualité est tout à fait correcte, la boite bien qu’un peu grande est tout à fait justifiée lorsque l’on voit la taille du plateau. La fabrication du matériel est de qualité, en revanche les illustrations pourront induire en erreur les gros joueurs qui risdquent de passer à côté d’un jeu tout à fait capable de leur plaire. Bien que correct, le plateau n’est pas forcément des plus attrayant. Pour ma part j’ai trouvé ces lemmings bien rigolos mais cela ne plaira pas forcément à tout le monde, et nous savons que le visuel influence beaucoup l’acte d’achat. Ne vous laissez donc pas avoir par leurs airs enfantins.

Le ressenti durant les parties :

Lemming fait partie de ces jeux où le nombre de joueurs va influencer sur l’expérience de jeu. À deux il est assez calme, parfois taquin, on arrive tant bien que mal à avancer, mais plus on augmente le nombre de joueurs autour de la table et plus les choses se corsent. Les cartes qui pourraient nous faire avancer viennent à manquer, les tuiles s’empilent devant nous, pouvant méchamment bloquer un de nos lemmings pendant longtemps, et on prend un malin plaisir à bloquer les autres en les poussant. Le jeu devient plus tactique et plus rude, finis les bons sentiments !

Ce “petit” jeu qui ne payait pas de mine avec ses graphismes mignons devient tout à coup un véritable jeu d’opportunisme et de blocage où chaque joueur peste contre un autre. L’ambiance ne manque pas et, si l’on joue assez vite, on se prend d’affection pour ces petites bêtes, les encourageant de plus en plus à mesure que la ligne d’arrivée pointe le bout de ses carreaux noirs et blancs. Il est amusant de voir comment d’un jeu assez calme on passe à une véritable course effrénée où les derniers tours, décisifs, ne sont pas dénués de coup bas.

Les règles de pose des cartes sont un véritable plus dans le jeu car les dilemmes y sont nombreux, et il n’est pas rare de réfléchir intensément à son prochain coup tout en se demandant ce qui va être joué au tour suivant. Surtout à 5, où entre 2 de vos tours, tout peut changer. Lemming est plus fin qu’il n’y parait.

Je suis ressorti de mes différentes parties avec l’impression que Lemming nous avait bien caché son jeu, et que derrière son allure mignonne on trouvait plus de profondeur et surtout de fun qu’il n’y paraissait. Il fait parti de ces jeux desquels on n’attend pas grand-chose et qui, une fois en main, nous font changer d’avis. Cette impression est vraiment agréable pour un joueur, du moins pour ma part car j’adore être surpris par un jeu.

Il y a juste une chose que je regrette un peu, et qui je pense aurait pu donner plus de rejouabilité au jeu : remplacer le plateau par des tuiles composées de 7 cases, qui auraient été disposées au départ par les joueurs volontairement ou au hasard, créant ainsi des terrains plus variés tout en faisant descendre la taille de la boite. De même qu’il aurait pu être intéressant d’ajouter un bonus lorsqu’un joueur arrive à jouer l’ensemble de sa main sans la renouveler.

La durée de vie :

Encore une fois, si le thème ne vous rebute pas (et il serait dommage de s’arrêter à cela), Lemming peut être un jeu tout à fait intéressant, proposant un challenge assez calculatoire mais aussi une excellente ambiance. Ses parties rapides et sa mise en place simple font qu’il ne sera pas difficile de le sortir, surtout que ses règles peu complexes le mette à la portée d’un public très large.

Les seul freins éventuels demeurent le thème et les illustrations qui peuvent ne pas attirer. Si vous passez outre ce point, il n’y a aucune raison pour que Lemming pourrisse dans un coin de votre armoire.

Mon avis :

Comme je l’ai évoqué un peu plus haut, Lemming était pour moi une surprise, un petit jeu modeste qui m’avait accroché grâce à son plateau et ses hexagones. Une fois dans la partie, je me suis aperçu que je l’avais jugé trop vite et je me suis alors pris d’affection pour lui, ressortant de mes parties avec une forte envie d’y rejouer. Lemming n’est pas un banal jeu de course, sa mécanique de cartes et d’avancement en font un jeu plus tactique que ce qu’on pourrait croire au premier abord. Un jeu malin, drôle, non dénué d’ambiance où la taquinerie est de mise.

Merci à Chips pour sa correction.