Bazar Bizarre
Ce jeu est sorti le 20 janv. 2011, et a été ajouté en base le 20 janv. 2011 par Docteur Mops

édition 2011
Par Jacques Zeimet
Illustré par Gabriela Silveira
Édité par Gigamic et Zoch
Distribué par Gigamic

Standalone 8 éditions
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Docteur Mops

Le bilan de la tendance 2013 avec des chiffres dedans

Le bilan de la tendance 2013 avec des chiffres dedans

Je ne suis pas un grand amoureux des chiffres. À moins que ce soit eux qui ne m’aiment pas allez savoir. Néanmoins quand il est besoin aujourd’hui de légitimer un secteur, il est tellement plus simple aujourd’hui de faire appel à eux qu’à la créativité, la passion et la qualité. Comment évaluer ces propriétés ? Il faut faire preuve d’une grande qualité de dialectique, de prose et de talent pour vanter la qualité d’une création humaine. C’est donc pourquoi j’ai décidé de commencer cet article par des chiffres.

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Des Chiffres sans lettre.

En 2010, il se vendait d’après le directeur d’Hasbro de l’époque 500 000 « Monopoly » par an. Le top 5 des ventes des jeux de société était trusté par les indémodables classiques avec le « Scrabble » de Mattel en tête de jeux qui rendent riche.

En 2013, ce sont 430 000 « Loups-Garous de Thiercelieux » qui se vendus dans le monde c’est à dire plus que jamais auparavant dont 120 000 rien qu’en France. « Dobble » ? C’est 800 000 à la louche. Le jeu le plus vendu en France cette année.

Le plus gros succès en France est « Dobble » avec un chiffre phénoménal qui fait rêver tous les éditeurs et auteurs...

380 000 personnes ont acheté « Time’s Up », 350 000 « Jungle Speed », 54 000 repartent avec un « Quarto », 80 000 ont testé leur rapidité avec « Bazar Bizarre », …

Globalement le marché du jeu de société est estimé dans les 340 millions d’Euros. Ceci est très relatif quand on compare ce chiffre avec le 1,07 milliard des jeux vidéo auquel on peut adjoindre les 730 millions de jeux dématérialisés. On pourrait également comparer ce chiffre à celui des 412 millions générés par les ventes de bandes dessinées en France (chiffre 2012).

Si l’on prend le marché dans sa globalité, le secteur du jeu de société n’a pas progressé entre 2012 et 2013. Ce qui change c’est plutôt sa nature. Les fameux indétrônables viennent se faire chatouiller par de petits nouveaux. Ce qui fait la grande différence de nos jours c’est la diversité. La profusion parfois.

Il fut présenté au dernier salon d’Essen en Allemagne près de 700 nouveautés. Ce chiffre ne couvre pas l’ensemble de la production puisque le salon allemand est surtout la vitrine de ce que l’on nomme ici l’eurogame. On ne dispose pas du chiffre des nouveautés présentées sur les salons américains mais on peut postuler sur une évaluation mondiale qui se situerait aux alentours de 1500 nouveautés annuelles mondiales loin derrière les plus de 5000 nouveautés BD annuelles.

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Près de 700 nouveautés présentées durant le salon d'Essen en 2013.

La Bande Dessinée.

Pourquoi la BD ? Parce que d’un point de vue social, le jeu ressemble à ce que fut le marché de la bande dessinée il y a quelques années. Souffrant d’un mal similaire qui ravalait le secteur à un objet puéril, la BD est devenu peu à peu une institution, une culture qui est sorti peu à peu du monde de l’enfance et de la sous-culture. Un art ose t’on affirmer. C’est ce que nous pouvons constater également aujourd’hui avec le jeu de société. Celui-ci souffrait d’une image puérile (une grande partie du public assimilait jeu et enfance) et d’autre part une image poussiéreuse et nostalgique due sans doute au fait que les grands succès commerciaux dataient de l’époque de nos grands-parents voire des leurs.

Nous avons pu constater un renouvellement du public dans un mouvement de modernité que l’on pourrait faire remonter à la fin des années 70. Un mouvement qui commence doucement et touche surtout des passionnés mais un mouvement qui sera brutalement freiné par l’arrivée des jeux informatiques. Ce qui pouvait faire dire à certains que cela sonnait le glas des vieilles boîtes en carton, a permis, au contraire, au jeu de société de prendre son envol. Les jeux vidéos ont, en effet, déculpabilisé plusieurs générations du « jouer ». Jouer n’était plus une occupation ringarde et désuète destinée uniquement à sagement combler l’ennui d’un dimanche pluvieux en famille. C’est un véritable mouvement dans la société des loisirs (dont le terme lui est devenu désuet depuis qu’elle existe réellement) et même une véritable culture avec ses propres codes. Plus que le jeu informatique, c’est le jeu tout entier qui s’est vu renouvelé.

Diversité.

Aujourd’hui en cette fin 2013, ce que l’on peut retenir est la diversité. Si le montant de vente global des jeux se maintient, les nouveautés ludiques sont de plus en plus nombreuses.

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Imaginez si vous vouliez tester les quelques 600 nouveautés présentées sur Tric Trac cette année, à raison d’une moyenne de 30 min cela nous donnerait 300 heures de jeux. En même temps si vous vouliez acheter tous ces jeux, il vous faudrait débourser dans les 15 000 Euros ^^

La diversité nous offre ses avantages et ses inconvénients. Le premier des avantages est que dans cette variété nous trouverons statistiquement plus de bons de jeux et surtout des jeux variés car il y a joueur et joueur. De fait, cela est réjouissant.

Ce qui l’est moins c’est qu’il est aujourd’hui de plus en plus difficile d’être un prescripteur. Là où il y a quelques années, il suffisait de connaître une centaine de jeux différents pour servir sur un riche plat de quoi rassasier les nouveaux venus, il faut désormais voir au jour le jour des parutions. Bref, il faut faire des tris.

Une incidence évidente va être les écarts de plus en plus grands entre les succès commerciaux et… le reste. Dans les années 90, un bon jeu se vendait aux alentours de 3000 exemplaires. Un bon jeu dans le secteur des passionnés tel qu’on pouvait les trouver chez un l’éditeur phare : feu Jeux Descartes.

La donne a changé aujourd’hui, vous l’avez vu avec les chiffres qui ouvrent cet article. Mais si un « Dobble » représente le rêve économique du jeu de société, combien de jeux arriveront péniblement au seuil de rentabilité ? Beaucoup beaucoup plus ! Là encore, on peut faire un parallèle avec le secteur de la BD.

Cela a pour effet de renforcer l’arrivée de nouvelles nouveautés. Si les coûts de fabrication d’un jeu sont plus élevés que ceux d’un livre ou d’un album, ceux-ci ont baissés car le marché progressant, les techniques permettent des choses qui n’étaient pas possible auparavant. Bien que toujours plus cher que le livre, fabriquer un jeu est devenu plus abordable et la chaine de fab plus facile à appréhender pour un petit éditeur.

DefaultCréer et éditer un « Dobble » ne ce fait pas en suivant une recette. Le succès, même si l’on peut y travailler est aussi le résultat de composantes très aléatoires. Donc si vous avez les moyens de produire 10 jeux, vous aurez dix fois plus de chances de tomber sur un « Dobble ». C’est mathématique. Dans le même temps si 3 jeux sur ces 10 fonctionnent suffisamment pour éponger l’échec réel ou relatif des 7 autres, le risque est encore plus négligeable. Ajoutez à cela que les plateforme de financement participatif peuvent permettre de se passer du banquier et nous devrions encore avoir plein de nouveautés dans les années qui viennent. Voilà aussi pourquoi le nombre de petits jeux est en constante augmentation.

Si la créativité y trouve un terrain favorable, pas sûr qu’elle en soit récompensée en monnaie sonnante et trébuchante et là encore le parallèle avec la BD peut se faire. Si vous êtes l’auteur d’un des 3 jeux en tête tant mieux mais contrairement à l’éditeur, l’auteur doit penser que pour lui les statistiques lui donnent plus de chance d’être dans les 7 restants. Gagner sa vie à la loterie n’est pas une chose bien confortable vous l’admettrez. Il existe peu d’auteurs qui vivent aujourd’hui de leur travail de créateur ludique mais au moins il en existe ce qui n’était pas le cas auparavant. Si la diversité donnera leur chance à plus de créateurs, celle-ci ne profitera qu’à quelques uns et plus il y aura de jeux plus l’écart entre les jeux qui ne rapportent rien et ceux qui rapportent beaucoup s’amplifiera.

Les tendances 2013

De même la richesse des publications ludiques rend plus difficile la lecture de tendances et de genre. En jetant un regard aux nouveautés, ce qui saute aux yeux c’est qu’il y en a pour tous les goûts.

Si les intervenants préfèrent toujours les « gros » jeux c’est juste qu’il y a souvent plus à dire sur les stratégies à « Terra Mystica » que « Rythme and Boulet » bien que ce dernier se trouve dans beaucoup plus de ludothèques persos. Voilà une chose qui est parfois bien difficile à faire comprendre à certains auteurs ou éditeurs. Pourquoi donc ces bougres de geeks louent-ils des jeux qui n’ont qu’une réalité économique faible.

C’est sans se tromper que l’on pourra néanmoins nommer le zombie comme la créature préférée de l’année 2013 avec l’incroyable succès de « Zombicide » mais aussi tous les jeu où apparaissent les encéphalophages. Le jeu est également un des meilleurs porte-drapeaux de cette nouvelle tendance du financement participatif.

Si la création française se porte toujours bien nous avons pu (aussi sans doute à cause des perversions de certains membres de la rédaction) découvrir la diversité des marchés asiatiques et des pays de l’est. D’un côté cela nous a donné des micros jeux et de l’autre des versions slaves de l’eurogame tendance à l’allemande.

Vous trouverez ici un intéressant article de Bruno Faidutti sur le minimalisme japonais.

Il s’agit d’ailleurs d’un phénomène plus vaste. Le micro jeux existent de fait depuis longtemps et viennent d’un peu partout. Prenons par exemple la gamme des petits jeux Amigo en Allemagne ou les undergrounds Cheapass Games aux USA. On peut dire que ce sont les fameux « Loups-Garous de Thiercelieux » qui ont ouvert cette voix d’expression ludique.

Le minimalisme est en train de prendre le pouvoir !

Une des grandes différences ressentie ici à la rédaction c’est le rythme qui a changé. La raison en est la profusion de nouveautés mais aussi le renforcement de l’idée que c’est utile d’être présenté sur Tric Trac. La campagne de publication commence son essor vers mi juillet. C’est la date à laquelle on commence à parler des nouveautés d’Essen qui est le pic de la production annuelle en eurogames. Et là plus répit avant Noël.

Comment nous travaillons tout ça ?

À la rédaction nous avons une feuille de suivi des articles que nous devons rédiger dont 80% concerne des nouveautés. Ce document de travail est partagé entre Monsieur Phal, Guido (Tric Trac Allemagne) et moi-même. Il nous permet de classer les futurs articles selon leurs priorité mais aussi leur contenu afin d’essayer de parler équitablement de toutes les styles de jeux.

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La plupart des informations proviennent des éditeurs, des distributeurs, des auteurs et parfois même des illustrateurs. Le monde moderne fait que les communications prennent des formes de plus en plus variées. Certaines arrivent par mails, d’autre via la messagerie des réseaux socios, d’autres via Skype et parfois du forum ou de sa messagerie privée. Il vaut donc mieux être un peu ordonné mais le zap est toujours possible. Chaque nouvelle entrée dans cette todolist comporte le sujet, les liens éventuels, l’origine de la ou des sources et quelques notes précisant des particularités. Un code couleur nous permet ensuite de savoir ce qui devient très urgent, et qui traite quoi. Le fameux code orange indiquant qu’un rédacteur est en cours de travail sur le sujet.

La plupart du temps nous essayons de présenter les jeux en avant-première puis nous faisons un petit rappel au moment de sa disponibilité. Parfois nous avons la possibilité de suivre pas à pas le développement d’un jeu depuis son tout premier stade de prototype. C’est ainsi que nous avions suivi « Archipelagos » de Christophe Boelinger et cette année, « Les Bâtisseurs » de Fred Henry. Un exercice enthousiasmant mais qui est rare puisque d’une part le jeu doit nous séduire dès sa naissance et nous devons être certains qu’il sera édité. Des limitations qui restreignent beaucoup l’exercice. Nous avons pu voir que cela ne plaisait pas qu’à nous et nous essayerons dès que possible de rééditer cette opération.

Et voilà ! 2013 est morte, vive 2014 ! On se retrouve pour une année pleine de jeux, de débats, de sifflets et de hourras. À bientôt !

Et pour fêter la bonne année, voici mes vœux en vidéos, parce que je suis moderne.

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Les jeux dont on parle dans cette article

Monopoly
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Les Bâtisseurs - Moyen-Âge
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Commentaires (15)

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matinciel
matinciel

J'aime beaucoup la partie sur "comment travaillons nous"...

Un petite question votre fichier de travail est-il sous Excel ?

Bonne année !

Monsieur Phal

Cher Monsieur @matinciel,

Il est sous google doc :)

ddbas
ddbas

oui meme question, 340 millions d’Euros c'est marché France ou Monde?

merci pour l'étude de chiffres, me voici plus cultivé en 2014!

Foussa67
Foussa67

Excellent. Tout ceci est excellent.

serge meier
serge meier

Mille sabords, belle article capitaine, bravo !

papoudark88
papoudark88

toujours interessant ces reportages ,que de chiffre,nous sommes sur la bonne piste de la démocratisation du jeu de société moderne

tous mes voeux pour de bons articles ludiques

rtc
rtc

Tous mes voeux de bonheur ludique pour cette nouvelle année

Merci de continuer à rédiger et publier ces articles de fond, qui eux aussi enrichissent notre passion commune

Salmanazar
Salmanazar

si vous avez les moyens de produire 10 jeux, vous aurez dix fois plus de chances de tomber sur un « Dobble ». C’est mathématique. Dans le même temps si 3 jeux sur ces 10 fonctionnent suffisamment pour éponger l’échec réel ou relatif des 7 autres, le risque est encore plus négligeable.

Je trouve que cette analyse explique bien pourquoi on trouve pléthore de jeux de qualités inégales, même au sein d'un même éditeur. Le champion de cette stratégie pour moi : White Goblin Games.

Meilleurs voeux à la trictrac team.

Ma résolution 2014 : acheter des pouicos !

AlexD
AlexD

Bonjour messieurs et Bonne Année 2014 à vous !

Question, peut-être bête mais, ces chiffres, c'est sur la France ou c'est au monde ?

« Dobble » ? C’est 800 000 à la louche. Le jeu le plus vendu en France cette année.

380 000 personnes ont acheté « Time’s Up », 350 000 « Jungle Speed », 54 000 repartent avec un « Quarto », 80 000 ont testé leur rapidité avec « Bazar Bizarre », …

D'avance, Merci à vous ;)

stam48
stam48

Continuez à nous pondre des articles pertinents et pleins d'analyses. C'est ça la force de votre site. Bravo!

jalpes
jalpes

Il y a également un très bon article sur le minimalisme japonais (réponse à B. Faidutti) sur Gus & Co :

http://gusandco.net/2013/12/29/du-minimalisme-japonais-reponse-a-bruno-faidutti/