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Par : XavO | vendredi 7 mars 2003 à 15:30
XavO
XavO
Bonjour,

Je me rappelle de certains débats sur l'édition du jeu, sa nature culturelle et la fait qu'il devrait bénéficier de certains avantages des produits culturels, comme le prix fixe pour les livres.

Il se trouve que l'exception culturelle francaise est sur la brèche. Cela va bien plus loin que les récentes remises en question du statut d'intermittants du spectacle. Le méchant s'appelle AGCS et on n'en parle pas non plus à la télé...

L'AGCS est un accord internationale qui vise à ouvrir aux lois du marché nombre de secteurs encore protégés ou dépendants de l'état. Les états vont devoir effectuer des propositions dans ce sens.
Il faut savoir que la culture n'est qu'un détail, aussi important soit-il, de cette libéralisation : seules la justice, l'armée et la police ne sont pas concernées par ces accords.
La santé et l'éducation sont donc en ligne de mire. Aprés les télécoms, l'eau, les banques, bientôt les transports et l'energie, les services n'en finisent plus de s'ouvrir aux marcrhés et pour le plus grands bien de tous. Les conditions de travail de ces secteurs se dégradent, les licenciements suivent non loin derrière et la qualité des services devient proportionnelle aux revenus.
Pour revenir à la culture et aux jeux, l'exception culturelle ne sera donc bientôt plus qu'un souvenir (vous pouvez obtenir une pétition à stop-agcs@voila.fr) et notre débat de même.

Je ne suis pas un militant mais je trouve hallucinant le degré de désinformation dont la plupart des médias est capable, et donc coupable. Je veux juste la corriger un peu...et discuter.

Je retranscrits ci-dessous la lettre d'Attac N°407 pour les plus courageux d'entre vous.

______________________________

1- Un point de vue français et européen sur la diversité culturelle
____________________________________________________________

Par Cécile Despringre. Chargée des affaires européennes de la SACD.
Conseillère juridique de la FERA

La SACD est la société française de gestion collective des droits des
auteurs de fiction dans les domaines du spectacle vivant, du cinéma,
de la télévision, de la radio, des images fixes et du multimédia. Elle
compte 30 000 membres en France, en Belgique et au Québec. Outre sa
mission de perception et de répartition des droits, La SACD a pour
mission la défense des intérêts moraux et matériels de ses membres et
celle de la profession d'auteur. C'est pourquoi la SACD est attentive
aux évolutions économiques et réglementaires des domaines d'activité
dans lesquels évoluent les créateurs, c'est-à-dire le secteur
culturel, que ce soit aux plans national, européen ou international.

Au retour de la première rencontre des associations professionnelles
du milieu de la culture à Montréal en septembre 2001 organisée par nos
amis de la Coalition canadienne pour la diversité culturelle, la SACD
a pris l'initiative de réactiver le Comité de Vigilance constitué en
1997 pour dénoncer les dangers de la négociation de l'AMI à l'OCDE,
qui menaçait gravement les politiques culturelles et le droit d'
auteur.

Cette initiative, souhaitée par l'ensemble des organisations
professionnelles françaises de la culture présentes à Montréal, nous
est apparue indispensable au regard du lancement à Doha d'un nouveau
cycle de négociations commerciales multilatérales en novembre 2001. En
effet, en fixant à la négociation sur les services, débutée en 2000,
un calendrier extrêmement précis (juin 2002 pour la présentation des
demandes bilatérales de libéralisation et mars 2003 pour la
présentation des offres), les Etats membres de l'OMC se sont engagés
dans une course à la libéralisation qui pourrait, si elle n'est pas
maîtrisée, porter gravement atteinte aux politiques culturelles.

Le rassemblement d'une quarantaine d'organisations françaises de la
culture, représentatives des professionnels actifs dans tous les
secteurs (cinéma, télévision, musique, spectacle vivant, livre) et qui
mettent en garde les décideurs politiques contre toute dérive libérale
dans le secteur culturel, joue un rôle considérable sur la scène
politique française.

Par ailleurs, la France faisant partie de l'Europe, les préoccupations
des professionnels de la culture doivent être relayées au niveau
européen auprès de ses institutions. C'est là qu'intervient la FERA
(Fédération européenne des réalisateurs de l'audiovisuel) qui regroupe
les associations nationales de réalisateurs de cinéma et de télévision
dans 28 pays européens. La FERA est le relais européen des
réalisateurs français et un allié naturel de la SACD[1].

En effet, il faut garder à l'esprit qu'en ce qui concerne les
négociations commerciales, la France n'est pas seule à décider. La
politique commerciale extérieure des Quinze fait l'objet d'une
politique commune qui nécessite la concertation et des décisions
prises à Quinze[2].

I. Les dangers que font peser les négociations commerciales
multilatérales de l'OMC sur la diversité culturelle

L'AGCS couvre les services audiovisuels et les services culturels
l'Accord général sur le commerce des services (AGCS) conclu lors du
cycle de l'Uruguay, qui a également créé l'OMC (le GATT de 1947 sur
les tarifs douaniers sur les marchandises n'étant qu'un accord
international rattaché à aucune organisation internationale)
appréhende les services audiovisuels et les services culturels. Il n'
existe dans l'AGCS aucune exception culturelle qui exclut
juridiquement la culture du champ de l'accord ou des négociations
futures[3].

La seule souplesse de l'AGCS se trouve dans la structure de l'accord :

L'accès au marché et le traitement national, deux importantes
disciplines du commerce international, ne jouent que si les Etats
inscrivent dans des listes d'engagements annexées à l'accord les
secteurs qu'ils souhaitent soumettre à ces disciplines.

A l'inverse, la clause de la nation la plus favorisée (NPF), qui
requière que l'on applique à l'ensemble des membres de l'OMC les
préférences que l'on accorde à certains, est inscrite à l'article II
de l'accord et s'applique donc d'emblée à l'ensemble des secteurs. Il
est cependant possible de faire des réserves à cette clause en
déposant une liste d'exemptions pour couvrir des accords particuliers
(par exemple, les accords de coproduction cinématographique).

Cependant, cette souplesse, qui semble ménager une certaine liberté
aux Etats, n'est en fait qu'une structure permettant la progressivité.
En effet, même si dans un premier temps, lors du cycle de l'Uruguay,
nombre d'Etats n'a pas pris d'engagement de libéralisation, par
exemple dans le secteur audiovisuel (19 à ce jour sur les 144 membres
de l'OMC) et a déposé des exemptions NPF (33 Etats, dont les Quinze),
l'engagement de libéralisation progressive contracté à l'article XIX
de l'AGCS leur impose d'aller toujours plus loin, qualitativement et
quantitativement, dans leurs engagements de libéralisation lors de
chaque cycle de négociation et à éliminer à terme leurs exemptions
NPF.

L'impact des disciplines de l'AGCS sur le secteur culturel

Appliquées aux services audiovisuels et aux services culturels, les
disciplines de l'AGCS remettent en cause l'ensemble des
réglementations qui régissent ces secteurs. En effet, toute
réglementation qui tente d'apporter des correctifs aux effets radicaux
du libre jeu des forces du marché est considérée comme un obstacle au
commerce qui doit être éliminé.

Les règles concernant la propriété des médias qui requièrent par
exemple un certain pourcentage de propriété nationale pour certains
médias, sont considérées comme restreignant l'accès au marché des
opérateurs étrangers.

Les règles réservant aux opérateurs nationaux ou établis sur le
territoire certaines ressources financières ou certaines facilités
sont considérées comme contraires au traitement national.

Les quotas, quant à eux, sont des restrictions quantitatives,
insupportables selon les règles du commerce international !

Enfin, les subventions ne font pas encore l'objet de disciplines
propres aux services, mais ce sujet est dans le programme de travail
de l'OMC. En ce qui concerne les marchandises, des règles existent
déjà et classent les subventions en trois catégories : celles qui sont
autorisées, celles qui peuvent être autorisées sous certaines
conditions et celles qui sont totalement interdites. On trouve dans
cette dernière catégorie les subventions à l'exportation. Si on se
réfère à la vision américaine des subventions qui pourraient être
autorisées dans le domaine audiovisuel[4], on peut aisément redouter
que les conditions soient très restrictives.

II. La nécessité d'affirmer au niveau international la légitimité des
politiques culturelles

La prise en compte de la valeur culturelle de ces biens et services

L'approche purement commerciale des biens et services culturels telle
qu'adoptée à l'OMC revient à nier la valeur culturelle de ces biens et
services qui fait pourtant toute leur spécificité. La culture est
nécessaire à toute nation et ne peut être soumise à des règles qui
permettent que les cultures d'un pays disparaissent sous couvert de la
théorie des avantages comparés de Ricardo.

L'effet radical de cette théorie des avantages comparés reviendrait à
accepter, par exemple, que les avantages comparatifs des Etats Unis
dans la production cinématographique les légitiment dans leur
domination du marché international et que tous les autres Etats, dont
la production n'est pas suffisante pour les concurrencer, devraient
abandonner ce secteur et se trouver d'autres spécialités. Cela est-il
souhaitable ? Nous disons non.

Comme le dit très bien le professeur Ivan Bernier, les expressions
culturelles d'une communauté lui sont indispensables pour refléter et
accompagner son identité et les évolutions qu'elle rencontre. Ces
expressions culturelles, sous toutes leurs formes, sans être exclues
du commerce, ne peuvent y être uniquement et totalement soumises.
Elles répondent à des besoins vitaux pour l'identité de chaque
communauté et doivent donc être préservées et encouragées.

Les mesures mises en place pour préserver et encourager la création
doivent pouvoir être déterminées librement dans chaque pays en
fonction de la situation locale, que ce soient des quotas écran comme
ici en Corée ou des quotas à la télévision comme en Europe, des
subventions, des mesures fiscales, des obligations d'investissement
dans la production imposées aux diffuseurs ou des systèmes de soutien
plus complexes comme nous en connaissons en France.

L'objectif de diversité culturelle

L'objectif de diversité culturelle que nous poursuivons comprend deux
volets : la préservation et l'encouragement d'une création locale pour
permettre à l'identité nationale de s'épanouir et l'ouverture aux
autres cultures du monde pour permettre à la Communauté de s'enrichir.

Ce deuxième volet est extrêmement important afin que les politiques
culturelles ne couvrent pas un repli sur soi. Il est la réponse aux
accusations de protectionnisme dont nous faisons parfois l'objet. L'
ouverture aux autres cultures, l'échange véritable entre toutes les
cultures nourrit également les identités culturelles et donne au
public un véritable choix.

Un nouvel instrument international pour la diversité culturelle
Il apparaît aujourd'hui plus que jamais indispensable de faire
contre-poids à l'OMC. A l'heure où les Etats rédigent leurs demandes
de libéralisation, nous savons que les Etats-Unis préparent leurs
demandes d'ouverture de tous les secteurs audiovisuels dans tous les
pays qu'ils considèrent comme protectionnistes. Ces demandes seront
sur la table et il faudra alors refuser d'y accéder.

Rien n'oblige un pays à prendre des engagements de libéralisation dans
le secteur culturel et audiovisuel. Il faut cependant pour cela savoir
résister à la pression.

Pour résister à la pression, un instrument international qui dans un
objectif de diversité culturelle, légitimerait les politiques
culturelles qui soutiennent la création dans un pays et garantirait
une ouverture à l'ensemble des autres cultures, aiderait à montrer que
l'OMC n'est pas le lieu de discussion de ces problèmes, en créant un
autre cercle plus approprié car spécialisé et complet sur les
questions des politiques culturelles.

Conclusion

La SACD, le Comité de Vigilance et la FERA poursuivent trois objectifs
sur les questions de diversité culturelle :

- Sensibiliser et rassembler tous les professionnels de la
Culture en France, en Europe et dans le monde sur la nécessité de
préserver la capacité des Etats à maintenir et développer des
politiques culturelles.

Même si ce sujet ne fait partie des préoccupations quotidiennes des
organisations professionnelles absorbées dans la gestion courante de
leurs activités, c'est un sujet qui touche à la préservation de leur
secteur d'activité et qui les mobilise.

A cette fin de rassemblement et d'échange, nous organiserons en
décembre 2002 à Paris la deuxième rencontre des organisations
professionnelles de la Culture.

- Convaincre nos gouvernements et l'Union européenne de ne pas
demander aux autres Etats de libéraliser les secteurs culturels et
audiovisuels en juin 2002 et de ne pas prendre d'engagements de
libéralisation dans ces mêmes secteurs en mars 2003.

Malgré le mandat de négociation que les Etats membres de l'Union
européenne ont confiée à la Commission en octobre 1999[5], le
Royaume-Uni, soutenu par l'Allemagne et les Pays-Bas, a demandé à la
Commission européenne que la musique fasse l'objet de demandes de
libéralisation. Même en Europe, qui s'est pourtant beaucoup battue
pendant le cycle de l'Uruguay pour préserver ses politiques, les
digues sont faibles et peuvent sauter à tout instant si les
gouvernements ne sentent pas sur eux la pression des professionnels.

- Développer un consensus chez les professionnels et dans les
gouvernements pour développer dans une enceinte autre que l'OMC un
instrument international sur la diversité culturelle qui ferait
contrepoids à l'OMC et appréhenderait les biens et services culturels
dans leurs aspects à la fois culturels et commerciaux et toute leur
spécificité.

------

[1] Dans chacun des secteurs culturels, que ce soit le livre, la
musique ou le cinéma, des fédérations européennes existent afin de
relayer les préoccupations des professionnels.
[2] Que ce soit à la majorité qualifiée comme pour les accords
relatifs au commerce des marchandises ou à l'unanimité lorsqu'il s'
agit d'accords dans le domaine du commerce des services. Le traité de
Nice, non encore entrée en vigueur, ne change rien à cette situation
dans le domaine du commerce des services culturels et audiovisuels et
requiert le commun accord des Etats membres (article 133).
[3] Les lignes directrices pour les négociations sur le commerce des
services adoptées le 28 mars 2001 précisent qu'aucun secteur de
service ni mode de fourniture ne sera exclu a priori et que les
exemptions aux obligations de traitement de la nation la plus
favorisée (NPF) feront l'objet de négociations.
[4] La communication des Etats-Unis à l'OMC sur les services
audiovisuels du 18 décembre 2000 parle de « subventions soigneusement
limitées à des fins spécifiquement définies, des précautions étant
prises en parallèle pour que les effets potentiels de distorsion sur
les échanges soient effectivement limités ou notablement
neutralisés ».
[5] « L'Union veillera, pendant les prochaines négociations de l'OMC à
garantir, comme dans le cycle de l'Uruguay, la possibilité pour la
Communauté et ses Etats membres, de préserver et de développer leurs
politiques culturelles et audiovisuelles pour la préservation de leur
diversité culturelle ».


______________________________

2- A propos de "l'Exception Culturelle"
____________________________________________________________

Par Serge Regourd. Professeur à l'Université des Sciences Sociales de
Toulouse, Auteur de "l'Exception culturelle" Que Sais-Je (P.U.F. 2002)

Avec la reprise des négociations au sein de l'O.M.C. (Organisation
Mondiale du Commerce), la question de "l'Exception culturelle" est
revenue au coeur de l'actualité. Début février, une rencontre
internationale réunissant de nombreuses organisations professionnelles
constituées en "Comité de vigilance", a relancé le débat public sur
cette question en s'exprimant en faveur d'un nouvel instrument
juridique proclamant, et garantissant, "la diversité culturelle". Ce
dernier vocable tend, de plus en plus nettement, à se substituer à
celui "d'Exception Culturelle" alors même que - ironie de l'histoire,
ou trouble de mémoire collectif - une telle substitution
terminologique, et sémantique, par la voix de Jean-Marie Meissier en
décembre 2001, avait provoqué une véritable tempête médiatique,
constituant elle-même un point d'orgue dans la spirale de
contestations qui allait entraîner son éviction de l'Empire
Vivendi-Canal Plus.

Exception et Diversité culturelle.

Le 17 décembre 2001, les propos suscitant le courroux unanime des
professionnels de l'audiovisuel et de la culture n'avaient-ils pas, en
effet, consisté à proclamer que "l'exception culturelle française est
morte" en ponctuant aussitôt cette sentence par l'assertion selon
laquelle "nous sommes aujourd'hui dans une période de diversité
culturelle"?. A croire que les mêmes mots prononcés par des personnes
différentes en des circonstances et des lieux différents, avec des
intentions différentes, auraient une signification, évidemment,
différente. Le sophisme désormais, à la mode, et permettant
apparemment d'occulter de telles contradictions consiste, pour
certains tenants de la thèse de la diversité culturelle, à préciser
que "l'Exception culturelle" ne serait qu'un moyen de garantir la
diversité culturelle.

La controverse rhétorique dissimule en réalité une opposition de
signification politique et de portée juridique qui peut être aisément
éclairée par un bref historique de la création de l'OMC, et en son
sein, de la teneur du GATS, ou AGCS (Accord Général sur le Commerce
des services).

Du GATT à l'OMC.

Au début, était le GATT (General Agreement ou Tariffs en Trade -
accord général sur les tarifs douaniers et le commerce -) conclu au
lendemain de la Seconde guerre mondiale, dans le contexte de la
restructuration d'un ordre juridique libéral, fondé, déjà, sur les
principes, et les valeurs, du libre-échange. Originairement, il
correspondait à une partie seulement de la Charte de La Havane (1948)
visant à constituer l'organisation internationale du Commerce (OIC),
troisième pilier de cet ordre libéral aux côtés des institutions de
Bretton-Woods, F.M.I. (Fonds Monetaire International) et Banque
Mondiale. Mais ce traité global ne fut jamais ratifié du fait de
l'opposition des Etats-Unis lui reprochant, in fine, des dispositions
insuffisamment libre-échangistes. Le GATT, simple accord partiel
allait ainsi tenir lieu de succédané à l'organisation internationale
avortée.

C'est, précisément, parce que le GATT ne couvrait que très
incomplètement et imparfaitement les objectifs de libéralisation du
commerce international qu'il fut ensuite périodiquement complété par
des cycles - ou "Rounds" - de négociations commerciales multilatérales
ayant pour objet d'élargir ses champs de compétences. C'est ainsi
qu'en 1986, fut ouvert un nouveau round, "l'Uruguay Round" visant,
notamment à étendre les principes du libre-échange du domaine des
marchandises seul pris en compte par le GATT, au domaine des services.
Parmi les services, correspondant au "Commerce invisible", par
opposition au "Commerce visible" des marchandises, figurent
l'audiovisuel et le cinéma. La question centrale qui généra l'argument
depuis lors qualifié d' "Exception Culturelle" consiste à récuser
l'application des principes du libre-échange inhérents au GATT, puis à
l'O.M.C. (créée aux termes de l'Uruguay Round, par les Accords de
Marrakech) dans les domaines culturels que sont l'audiovisuel et le
cinéma.

"L'Exception culturelle" relève ainsi de la plus élémentaire des
problématiques juridiques : d'une part, des principes, d'autre part,
des exceptions échappant à l'application des dits principes.

Les principes du libre-échange contre les financements publics de la
culture

Quels sont, de manière très schématique, les principes ici en cause ?
Ils peuvent être appréhendés autour du principe général de non
discrimination entre les marchandises, ou les services, en fonction de
leur origine nationale, ou étrangère : les Etats membres de l'O.M.C.
doivent traiter les services étrangers dans les mêmes termes que leurs
propres services nationaux.

Les principaux principes en cause, relevant de modalités de mise en
oeuvre différentes, concernent ainsi la libéralisation progressive des
échanges, le principe de la nation la plus favorisée (selon lequel
tout traitement plus favorable accordé par un Etat membre aux
produits - marchandises ou services - provenant d'un autre Etat doit
être étendu à tout autre Etat membre s'agissant de produits
similaires), le principe du traitement national selon lequel les Etats
membres doivent traiter les produits étrangers, et leurs producteurs,
comme leurs produits nationaux, comme ceux de leurs propres
ressortissants, etc.

Or l'application de tels principes aurait pour conséquence directe de
démanteler les systèmes juridiques et financiers d'organisation et de
régulation des activités culturelles, échappant jusqu'ici à la seule
logique du marché et du profit. L'exemple du système français de
financement et d'organisation du cinéma et de la télévision est à cet
égard emblématique : le compte de soutien financier de l'industrie
cinématographique et audiovisuelle permet, selon diverses modalités
(aides automatiques, aides sélectives) d'assurer le financement de la
création et de la production française, sur la base, notamment, de
critères de nationalité des oeuvres. C'est un tel système qui a permis
de pérenniser l'existence du cinéma français alors que l'application
des règles ordinaires de l'échange marchand aboutirait à ne laisser
subsister, pour l'essentiel, que le seul cinéma américain, comme
c'est, hélas, déjà le cas dans la plupart des pays européens.

Selon la même logique, les quotas d'oeuvres nationales et européennes
à la télévision, sont évidemment, directement antinomiques des
principes du libre-échange mondialisé puisqu'ils n'ont, précisément,
pas d'autre objet que d'empêcher une hégémonie des productions
américaines.

Bref, les principes institutifs de l'O.M.C. d'une part, et les modes
de financement des "industries culturelles" dans un pays comme la
France, d'autre part, se caractérisent par un rapport de contradiction
frontale. C'est de cette contradiction que rend compte la notion
"d'Exception culturelle" : alors que le principe du libre-échange
marchand constitue le fondement, et la finalité de l'OMC, il ne
s'appliquera pas aux activités relevant d'une nature culturelle, comme
en l'occurrence, le cinéma et l'audiovisuel.

On mesure aussitôt que quels que soient, par ailleurs, les aléas
sémantiques de la notion d' "Exception" culturelle, elle est dotée
d'une claire signification et d'une claire effectivité juridique : la
non application des principes de la libéralisation marchande, aux
oeuvres cinématographiques et audiovisuelles, sur la base d'une
logique d'exception fondée sur le caractère culturel desdites oeuvres.

La notion de "diversité culturelle", est, à l'inverse, dépourvue de
pertinence juridique : elle ne peut revêtir qu'un caractère
"proclamatoire" ou "déclamatoire", sans effectivité.

Les contradictions inhérentes à la revendication de la diversité et de
l'Exception culturelle

La tendance dominante aujourd'hui à réclamer un instrument juridique
spécifique pour la culture est intellectuellement séduisante, mais
politiquement et juridiquement hasardeuse : l'OMC est bien compétente
pour l'ensemble des services, et les oeuvres cinématographiques et
audiovisuelles sont bien des services. Elles n'échappent aux règles du
GATS que dans le cadre de la logique procédurale de l'Exception, en
permettant aux Etats de ne pas souscrire d'engagements de
libéralisation dans les domaines concernés.

Il conviendrait donc, avant de promouvoir l'édiction d'un traité
international spécifique aux questions culturelles, de faire adopter
d'abord au sein de l'OMC, une clause "d'exclusion culturelle" écartant
explicitement les activités culturelles de la compétence de l'OMC, ce
que précisément les Européens n'ont ni obtenu, ni même jamais
revendiqué durant les négociations du GATT précitées. A défaut d'une
telle exclusion préalable, l'adoption d'un texte international
proclamant la "diversité culturelle" resterait un leurre.

Mais dans le débat sur "l'Exception culturelle", cette diversion
terminologique ne constitue pas la seule contradiction de
l'argumentation "franco-européenne".

Il est d'abord permis de s'interroger sur la polarisation du débat
autour du seul audiovisuel, au moment même où l'audiovisuel tend à
s'émanciper de plus en plus nettement des exigences culturelles, pour
n'obéir qu'à une régulation par l'Audimat et les "parts de marché", y
compris parfois s'agissant des télévisions de service public. C'est,
conjointement, l'un des aspects des contradictions entre le discours
de l'Exception culturelle, hautement revendiqué contre l'invasion des
images américaines et certaines pratiques du cinéma et de la
télévision françaises qui dupliquent de ce dernier certains de ses
caractères majeurs : standardisation des thématiques, de plus en plus
formatées pour fidéliser la clientèle, rewriting multiple des
scénarios, recours au "star-system" fondé sur la recherche d'audience
au détriment des pertinences artistiques et en sacrifiant des parts de
budgets disponibles pour des comédiens de grand talent mais sans
valeur commerciale.

Enfin, et surtout, la principale contradiction potentielle consiste à
laisser croire que la culture pourrait être sauvée seule dans un
contexte de mise en pièces des diverses régulations publiques.
Peut-on, et doit-on, vouloir sauver la culture de la marchandisation
libérale, sans défense conjointe des politiques publiques et des
services publics dans le domaine de la Santé ou de l'Education ? Une
conception autonome, sinon autistique, de la culture est vouée à
l'échec en termes stratégiques, et dépourvue de légitimité en termes
éthiques.

A cet égard, l'échec du projet d'AMI constitue un précédent riche
d'enseignement : pour sauver la culture, il ne convenait pas de se
livrer à un byzantinisme juridique visant à imaginer des dispositifs
techniques en termes de "réserves" aux dispositions de ce texte,
concernant la culture, mais bien de récuser purement et simplement ce
projet de traité ultra-libéral dans sa globalité. Ce qui fut obtenu. A
cet égard, il est permis de s'interroger quant à la "vigilance" du
Comité de vigilance pour la diversité culturelle qui a choisi de s'en
remettre notamment à l'expertise de personnalités qui acceptaient à
l'époque la logique globale de l'AMI, tempérée par de tels dispositifs
de "réserves" visant à protéger la culture et qui auraient bien pu
aboutir selon la métaphore de Bertrand Tavernier à créer, en effet, de
nouvelles "réserves d'indiens" pour les cinéastes français et
européens.
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Phil Goude
Phil Goude
A défaut d'avoir fait échoué l'AMI,

ILS reviennent toujours à la charge...

Merci pour cet Info
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Bon là il est vraiment trop tard pour que je m'infuse le tout. En tout cas, au premier abord il semble qu'on ait affaire là au post le plus long vu sur Tric Trac.
Donc je vais au lit, et on en reparle ensuite.
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jmguiche
jmguiche
20100 dit:Bon là il est vraiment trop tard pour que je m'infuse le tout. En tout cas, au premier abord il semble qu'on ait affaire là au post le plus long vu sur Tric Trac.
Donc je !vais au lit, et on en reparle ensuite.


Ca compte pas : c'est du copié-collé
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