Par : Asthaniel | dimanche 23 janvier 2005 à 14:33
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Asthaniel
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Samedi 22 avait lieu au centre socioculturel de la Meinau ( à Strasbourg) une "formation" sur le thème " La place du jeu dans notre société". Un des moments clé de cette formation était la conférence de Colas Duflo, professeur de philosophie à l'Université d'Amiens et auteur de deux ouvrages sur le jeu : "Jouer et Philosopher" et "Le jeu: de Pascal à Schiller"

Voici un compte rendu de la conférence en espérant que ma prise de note ne trahit pas trop les propos de M. Duflo


LA PLACE DU JEU DANS NOTRE SOCIETE

Avant toute chose, Colas Duflo, pointe le fait que si pour les acteurs de mondes ludiques (tels que les ludothécaires, les responsables de MDJ ..) la question de la place du jeu dans la société est naturellement essentielle, il n'en va pas de même d'un point de vue général. En effet, si on aborde la société du point de vue des crises sociales, politiques ou économiques, par exemple, il est possible de dire que , étant donné son caractère futile le jeu n'a aucune place.
Ce point de vue , est cependant immédiatement contredit par l'expérience quotidienne des occasions où on fait jouer ( Française des jeux, PMU ...) ou où l'on donne le spectacle du jeu( Notamment à la télévision). A telle enseigne que la première chaîne privée de France, consciente de la nature de produit " à vendre et vendeur" du jeu à créé une filiale d'édition de jeu de société. Cette place du jeu dans la société n'est guère meilleure que son absence de place.

Cette seconde place du jeu dans la société n'est guère plus valorisante et n'est pas très neuve non plus ( Cf. le célèbre "Du pain et des jeux" de la Rome antique). Pour beaucoup de penseurs le jeu a été une activité qui convient aux âmes incapable de s'élever à la contemplation de ce qui compte" : le jeu sans être condamné est évalué comme mineur réservé aux enfants, au peuple ( ce qui se retrouve dans l'exploitation cynique et commerciale du jeu, cf. m Lely et son "temps de cerveau humain disponible") .

Une redéfinition de la place du jeu intervient ensuite aux 17eme et 18 eme siècles, liée à une nouvelle vision de l'enfant e de son éducation, notamment sous l'impulsion de Rousseau et de ceux qui s'en réclamèrent par la suite. Cette revalorisation du jeu ne se fait que via le seul intérêt éducatif ( ce qui du fait ne concerne pas tous les jeux). Cette 3ème phase n'est pas non plus entièrement satisfaisante puisqu'elle réduit le jeu à un" support d'apprentissage ludique"

La 4èeme façon de considérer le jeu est de le voir comme une pratique culturelle . Cette approche n'est pas résolument nouvelle ( Cf. Huizinga et "Homo Liden") . reste à définir ce qui pourrait faire du jeu une culture.
Premièrement pour que la culture ludique en soit bien une il fat qu'elle soit spécifique et non un sous ensemble d'une autre culture. Existe - t-il de grand jeux sans lesquels l'histoire du jeu ne saurai être la même ( comme il existe de grands cinéastes ou de grand compositeurs) ? . La littérature qui à plusieurs reprise prend le jeu comme thème (ex :"La défense Loujine") témoignent de cette spécificité de la culture du jeu
D'un point de vu général on peut dire, que tout est culture et que la pratique ludique s'inscrivant dans le cadre de la civilisation qui l'a crée, elle ne devient un élément culturel. C'est exact mais gomme complètement la valeur ludique propre d'un jeu en le réduisant à un reflet de civilisation. Un objet culturel émane d'une culture et la dépasse et peut ainsi intéresser ,l'humanité toute entière, au delà de ceux qui se réclament de la culture dont il est issu.
A la fin du 18ème (et donc au terme du processus de revalorisation des jeux éducatifs), Schiller dans les "Lettres sur l'éducation esthétique de l'homme" écrit : "L'homme n'est tout à fait homme que quand il joue". Dans son acception , le jeu s’étend à toute activité esthétique. Le jeu repose sur une dualité où sont convoqué simultanément raison et sensation, règle et liberté. En ce sens Schiller peu être considéré comme l'inventeur e la place culturelle du jeu .

Cette notion de culture peut donner l'impression d'une pratique morte (reléguable au musée ...) En fait, aucune pratique culturelle n'est spontanée : toute culture ne vit que s'il y a transmission et cette transmission requiert des vecteurs adapté à la culture à transmettre. Qui plus est la transmission implique nécessairement la conservation.

Pour les jeux : l'édition de règles, la fabrication et le "donner " à jouer participe de cette transmission. ( Exemple des livrets "Jeux traditionnels" édité par la MDJ Grenoble)
L'approche culturelle implique également de se poser l question de la "culture populaire en opposition avec la culture savante. De fait toute culture comporte des éléments d'accès immédiats , relevant de la culture populaire et d'autre , nécessitant souvent pour être apprécié d'acquérir une technique, relevant de la culture savante. Le jeu n'échappe pas é cette règle. Ces deux cultures ne sont pas à a opposer mais à voir dans une optique de gradation. La vrai question devenant : qu'est ce qui est vivant, qu'est ce qui est mort et comment ne pas laisser mourir certaines pratiques ludiques..

Il est clair que la société en générale est confronté à une production ludique massivement misérable mais il en va de même dans d'autres champs culturels : il st de mauvais livres, films et oeuvres musicales. Ces objets culturels n'ont pas à être condamné mais la pratique culturelle implique qu'on ne peut pas mettre tous les objets au même niveau. La mission d'une institution culturelle est alors de donner les moyens de s'approprier les objets culturels : faire découvrir ; monter . Et donner les moyens de sortir due réception "passive".

En ce sens on peut dire que les ludothèque ou MDJ ont une tâche éducative à assumer et ce sans pudeur à avoir.

Dans l mesure où le jeu est à la fois " Dan la Cité" puisqu'il s'inscrit physiquement dans celle ci mais en dehors puisqu'il est un espace ayant ses règles propres et faisant souvent appel à l'imaginaire , le jeu ne peut se développer qu'à l'intérieur d'une "clôture ludique" et c'est le brouillage entre cette clôture ludique et les impératifs d'apprentissage qui pose problème dans le cas des jeux éducatifs.

Le jeu est à la fois produit, potentiel outil socio pédagogique mais pas uniquement. C'est manifestement un objet culturel transmissible.

Le fait : -de reconnaître la notion d'auteur de jeu( chose plutôt rare en France)
- d'être capable d déchiffrer le genre d'un jeu , d'établir des classifications
- de réaliser la filiation entre certains jeux modernes et leurs ancêtre

contribuent à la valeur culturelle et transmissible de la pratique ludique


Il en s'agit donc pas de récupérer le jeu à des fins commerciales et /ou éducatives mais bel et bien de lui construire une place à art entière ... Ce qui est définitivement le travail des acteurs du monde ludique.
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