Ce jeu est sorti le 28 oct. 2010, et a été ajouté en base le 22 juin 2010 par 20.100

édition 2010
Par Alain Orban, Xavier Georges et Sébastien Dujardin
Illustré par Alexandre Roche
Édité par Pearl Games
Distribué par Millennium

Standalone 2 extensions 2 éditions

Un jeu de dé primé

Le parfum d’un champagne, le goût du mousseux, le mal de crâne et la gueule de bois qui va avec

Rah Troyes, un peu un des mythes du jeu de société moderne pour un joueur assez novice comme moi qui n’était pas encore au fait de la chose ludique en 2010 :

  • Tric Trac d’or
  • 3ème au Spiel
  • nominé un peu partout (As d’Or) et adulé par une myriade de joueurs (il suffit juste de lire les avis pour voir la quasi-unanimité autour de ce jeu)
  • un peu le buzz de l’année (avec ce qu’il peut avoir de positifs et de négatifs)

C’était donc avec un immense plaisir que j’ai attaqué ce jeu, en examinant le livret de règles, assez touffu mais très bien ficelé (rien à dire). OK, le jeu s’adresse à un public d’expert et sa punch-line est assez simple : on aime les dés, on aime la stratégie : on va vous montrer qu’un jeu de stratégie non aléatoire avec l’utilisation des dés c’est possible. OK j’acquiesce, je suis tout à fait d’accord avec le but affiché et peu de jeux à ce jour ont tenté cet exploit (à part Kingsburg, dont j’ai appris l’existence un tout petit peu plus tard).

Un jeu, qui en apparence, est fait pour moi mais qui a réfrigéré totalement mes pulsions ludiques, lobotomisé mon système calculatoire et tactique (encore plus qu’un jeu d’Uwe Rosenberg, c’est pour dire).

Il y’a différentes explications à ce véritable « naufrage ludique » personnel.

Travail éditorial :

Mmmhhh, disons que pour restez ludiquement correct : le jeu a un parti pris graphique des plus intéressants et des mieux travaillés… Le Moyen-Age, ces grands peintres, ces vestiges graphiques si harmonieux, si chatoyants et si universellement reconnus … J’en viendrais presque à regretter que la Renaissance soit arrivée avec son cortège de mochetés (Raphaël, Leonardo et Boticelli, je vous hais publiquement de nous avoir fait cela).

Non, il faut bien l’avouer, à mes yeux, les choix graphiques pratiqués participent à entretenir la froideur ressentie pendant la partie. L’ensemble est terne et l’ergonomie n’est pas non plus vraiment au rendez-vous et c’est un euphémisme.

(Précisions aux professeurs d’arts médiévaux, j’aime le Moyen Age, cette époque nous a apporté beaucoup de savoirs et est essentiel (en architecture notamment) mais reconnaissons qu’au niveau dessin et représentations de personnages, ce n’était pas vraiment leur fort. Sinon, à ce titre, ressortez un jeu de tarot de l’époque et tentez une partie, vous verrez comme c’est une gageure.)

Sinon pour le reste, il faut reconnaître que le matériel est tout juste correcte pour le prix (40 euros tout de même)

Mécanisme de jeu :

Plus qu’un jeu innovant, j’ai eu l’impression de jouer à un jeu vraiment daté, faussement calculatoire, insipide (« funless » comme dirait les anglophones). C’est très rare mais je ne retiens aucune chose des mécanismes principaux. OK le jeu tourne avec une certaine fluidité et des règles qui fonctionnent, OK, il y’a des dés, OK il y’a des idées pour les manipuler, les rendre moins aléatoires (retournement de dé, achat de dés adverses…) mais dans quels buts :

  • Construire des paliers de cathédrales (mouais on est très proche de Caylus, la contrainte des dés en plus)
  • Combattre des menaces à tour de rôle de manière assez mécanique (parce qu’il faut bien être un peu embêté à chaque tour) pour gagner des points (combat parmi les moins épiques vus dans un jeu de société)
  • Faire travailler des bâtiments pour de l’or et des PV (si les dés sont gentils avec nous)
  • Jeter des brouettes de dés et observer les 10000 possibilités proposées qui sont à peu près toutes équivalentes et jouer car il faut jouer.
  • Scorer sur à peu près tout et n’importe quoi (sortez le tableur Excel et rangez votre esprit immersif)
  • Admirer une superbe victoire ou rager d’une défaite (à 1 ou 2 PV près) sans pouvoir réellement quels coups sont déterminants durant la partie par rapport aux autres joueurs.

Je reproche, entre autres, de ne pas trouver de relations entre les différents mécanismes. Pour pallier une frustration de jeu, je ne sais pas vraiment quel levier actionner dans Troyes, quelles options choisir !! Le seul raisonnement ludique consiste juste à envisager le différentiel de points plus que de débloquer des situations.

On a fait, selon moi, depuis et même avant beaucoup mieux avec ces fameux dés, notamment :

  • Kingsburg (2007), qui a le mérite d’avoir l’antériorité. Ce jeu mêle habilement jet de dés, pose d’ouvriers et gestions de ressources. Il est plus light mais au moins la lisibilité stratégique est claire quand on observe le set de dés des adversaires. Il propose également des possibilités d’amélioration de la gestion des dés intéressants (pas hyper novateur car il utilise des bâtiments façon Puerto Rico) et des « vrais » choix. Un peu classique diront certains mais beaucoup plus fun à n’en pas douter. Le système de multiplier les intrigues en dissociant ces dés ou en intrigant des personnes plus importantes m’est apparu très judicieux.
  • Andor (2012), pour le système de combat avec les dés (retournement des dés possibles avec le mage, ajout des mêmes valeurs de dés avec le heaume, stop ou encore avec l’archer…)
  • Bora Bora (2013): excellentissime felderie, dont tout le mécanisme repose sur les dés avec un dilemme entre pouvoir du dé et restriction de zone d’action (désolé, je ne peux pas comparer avec les Châteaux de Bourgogne, n’ayant pas encore joué ce jeu). Bora Bora propose un système de Dieux très astucieux qui permet de gérer la frustration de l’aléatoire des dés que je conseille vivement de pratiquer. Si il y’a un jeu ou j’ai trouvé les leviers, les actions pour m’en sortir, c’est bien celui-là.

Suis-je passé à côté de ce jeu après seulement deux parties? Mes instincts ludiques me disent que non, malgré les avis dithyrambiques. Alors, on va me dire qu’il faut multiplier les parties pour voir le potentiel du jeu et bien je dirais que non, pas chez moi. Multiplier les parties pour chercher la substantifique moelle du jeu, c’est un peu comme s’abrutir avec un nanar, au bout du 15e visionnage, on lui trouvera des qualités.

Conclusion :

Dé ception, dé couragement et dé pit, voilà ce que m’inspire Troyes avec une totale incompréhension face au succès obtenu dans la communauté ludique. Troyes est un jeu qui tourne cela est certain mais il n’a rien d’innovant ni de particulièrement attachant à mes yeux à part ces auteurs.

En effet, Sébastien Dujardin possède sans nul doute un sens ludique aiguisé et un côté fort sympathique (si je base mon analyse sur les TTtv notamment) mais il ne m’a pas à ce jour ébloui par sa création ludique (ni par Venise du Nord, ni par Tournay, allez peut-être trouverais-je la lumière au bout du tunnel avec Deus !!). Ne serait-il pas quelque peu surcoté ?

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