Rasende Roboter
Par Alex Randolph
Illustré par Franz Vohwinkel
Édité par Hans im Glück
2 à 10 joueurs
Nombre de joueurs
10 ans et +
Âge
30 min
Temps de partie
27,00 € prix de vente conseillé
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Roboter de toutes les galaxies, unissez vous !

10,0

Dans 2001 l’odyssée de l’espace, le temps d’un plan très court, on voit Dave – non pas celui qui bêle Vanina si tu m’oublies mais un astronaute en mission pour Jupiter - jouer aux pantaminos contre Hal l’ordinateur omnipotent du vaisseau. Ceci bien sûr avant que les choses à bord ne tournent au vinaigre et que l’IA ne décide de débrancher tous les humains. Or ce jeu qui confronte homme et machine n’est pas qu’un simple accessoire de cinéma ; ce jeu en l’occurrence existe bel et bien. Il a pour nom Universe et est l’œuvre d’Alex Randolph.

A cet hommage furtif qui lui était ainsi rendu, notre homme (Alex pas Dave), 30 ans après, répond à son tour par un autre chef d’œuvre, Rasende Roboter, que l’on peut considérer à raison comme son testament ludique et dont l’inspiration SF puise aux canons esthétiques établis par Kubrick auparavant. Pour preuve, le vortex multicolore où Dave est aspiré dans le final du film et qu’Alex cite ici comme un des objectifs du jeu. Pour preuve encore, la fameuse ellipse temporelle dans 2001 amorcée par l’outil primitif qui tournoie dans le ciel avant de se muer en station orbitale, ellipse à laquelle fait échos dans Rasende Roboter le labyrinthe antique, espace fini, fermé, symbole du macrocosme, projeté à son tour dans l’infini de l’espace-temps en station interstellaire à présent habitée non plus par Thésée et sa descendance mais par des robots. Paradoxe très kubrickien : la seule trace d’humanité dans Rasende Roboter réside dans les robots eux mêmes, silhouettes plantureuses et obèses dont les rondeurs s’opposent au caractère anguleux et quadrangulaire de la station tout comme dans 2001 les humains apparaissent tellement désincarnés dans l’accomplissement de leurs taches que l’IA semble, en regard, le seul capable d’émotion. La dernière correspondance que je relèverai ici et qui nous conduit au jeu proprement dit (enfin ! trépignent certains) concerne le silence et la musique. Une partie de Rasende Roboter - tout le monde est à peu près unanime là-dessus - est une expérience qui nous fait approcher ce silence intersidéral qu’a su si bien rendre palpable Kubrick dans son film. Oui mais quid de la musique, en revanche, et où diable pourrait-elle bien se nicher, m’objectera-t-on, dans la création de Randolph ? Il faut se placer, en fait, comme si le plateau de jeu dans Rasende Roboter n’était qu’une partition de musique. Une partition sur laquelle les trajectoires dessinées par les robots sont autant de lignes mélodiques. Dans cet environnement, le joueur, endosse, lui, les habits du compositeur. En fonction de la tonique de la pièce à écrire - la note cible affichée – il fera intervenir un registre de voies-voix plus ou moins abondant et plus ou moins entrelacé. Alternant tour à tour compositions à caractère monodique dans lesquelles un robot seul portera l’ensemble du discours l’ornant de broderies et de diminutions multiples avec des compositions à l’architectures plus audacieuse, à la texture polyphonique, aux motifs empruntant au canon et à la fugue. Ceci est particulièrement vrai lorsque les robots au terme de cheminements identiques marquent au même endroit un repos et s’étagent en accord pour permettre au dernier de rebondir et de conclure la cadence et la phrase. Alors comme pour tout ce qui touche à cet art délicat du contrepoint, les plus savants en cette matière n’hésiteront pas, pour sûr, à corser l’exercice en s’imposant des contraintes toujours plus délirantes à l’instar d’un Jean Sébastien Bach rédigeant son Offrande musicale. C’est là que se révèle le potentiel vertigineux du jeu aussi bien dans une pratique à caractère solitaire avec la résolution de puzzles que dans une confrontation à plusieurs où ces contraintes serviront de handicaps pour rééquilibrer les chances de chacun . En ce sens, la seconde édition avec pour nouvelle recrue dans l’équipage le mythique robot argenté repeint en noir tire le jeu vers toujours plus de modulations, de fantaisie, d’abstraction, de combinatoire. Et l’ouvre sur des dimensions plus labyrinthiques encore sans rien sacrifier de son épure première.

Cérébral et froid. Tels sont d’ordinaire les critiques formulées à l’endroit de 2001 l’Odyssée de l’espace comme de Rasende Roboter. Je dirai que ces qualificatifs sont finalement bien choisis pour décrire l’esthétique qui imprègnent ces deux œuvres même si les termes sont porteurs d’une charge négative.
Rasende Roboter est d’une beauté froide, celle peut-être qui fascine le plus.
Distante et énigmatique. Comme les nombres. L’harmonie universelle. Et la musique des sphères.

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