Ce jeu est sorti le 1 nov. 2013, et a été ajouté en base le 22 août 2013 par Docteur Mops

édition 2013
Par Etienne Espreman
Illustré par Alexandre Roche
Édité par Pearl Games
Distribué par Millennium

Standalone
45,00 €
Prix conseillé
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Overdose (j'ai vomi mes frites et ma bière)

Bruxelles est sans conteste un jeu pour joueur expérimenté de 90-120 min (hors explication) qui a connu un grand succès (As d’Or, nombres incalculables d’avis positifs sur Tric Trac et un bon 9/10 en moyenne dans les avis). Passée la vague médiatique et le buzz, je me suis enfin plongé dedans et il y’a vraiment à boire et à manger d’où ma note mitigée surtout au niveau du mécanisme et de la stratégie (je précise ici que je n’ai joué qu’à 5 et observer des parties à 4).

Résumé succinct du jeu :

Chaque joueur incarne un architecte bruxellois en 1893 qui essaient d’embellir Bruxelles par de magnifiques constructions et/ou en réalisant des ventes d’objets d’art de style Art Nouveau tout en flattant les riches bourgeois de la cité afin d’acquérir le plus de renommée possible. Pendant 5 manches, chacun va utiliser ses assistants soit sur le plateau Art Nouveau pour réaliser différentes actions soit sur le plateau Bruxelles pour avoir des actions spéciales. Chaque joueur a la possibilité de jouer tant qu’il a un assistant ou il passe. Quand tout le monde passe, un décompte est réalisé sur le Plateau Art Nouveau (points de quartiers + obtention de cartes bonus). Au 5e tour, on compte les points et celui qui a le plus de renommée en fin de partie gagne la partie et une bière belge gratuite (enfin je crois que j’ai lu cela sur un FAQ non-officiel).

Travail éditorial (9/10):

Chapeau !

J’adhère fortement à la thématique et à l’ambiance dégagée par le plateau, qui a un graphisme très particulier mais très réussi. Il faut le souligner, Pearl Games a, pour une fois, développer une thématique historique qui permet d’avoir un jeu esthétiquement agréable à voir. Et oui, je trouve particulièrement Troyes et Tournay affreusement laids (parti pris graphique ou pas, je ne suis pas le seul !). De même, les rappels d’action et d’activation secondaire sur le plateau sont claires (on n’est pas obligé d’avoir une feuille A3 de rappel de règles comme dans Tournay).

Pour le reste, le matériel est de bonne facture ainsi que les règles qui sont intelligibles, bien écrites et illustrées très convenablement ce qui n’est pas toujours le cas partout (dsl je suis actuellement sur les règles d’un Queen Games et sur un Martin Wallace, vous comprendrez mes émois).

Bon niveau, gros travail de l’éditeur et de l’illustrateur sur les personnages historiques (incarner Solvay pour un chimiste c’est savoureux) et sur l’Art Nouveau (notamment les objets d’art et les meeples).

Mécanismes de jeu (7/10) :

Je suis resté assez pantois devant ce jeu surtout après avoir lu ou écouter les avis dithyrambiques des joueurs et des passionnés de la chose ludique. Ce jeu est pétri de mécanismes classiques agrémentés de très très bonnes idées (j’y reviendrais) mais souffre du syndrome dit du « Uwe Rosenbergite und Stefan Feldite » aigüe : toujours plus de choix, toujours plus de règles et de points d’équilibrages stériles (je te rajoute une roue ici, un curseur là, un compas par là, une piste de ce côté, des cartes... j’y reviendrais également).

Les points forts :

  • Le mécanisme de pose d’ouvrier sur le plateau Bruxelles et Art Nouveau :
  1. Le fait de combiner la pose d’un pion pour effectuer l’action et une somme d’argent pour enchérir sur la carte bonus est vraiment LA BONNE IDEE DU SYSTEME DE JEU
  2. La restriction du plateau en début de manche qui emmène beaucoup de frustrations car elle vient bouleverser les enchères et le nombre d’actions possibles (j’aurais aimé que les plateaux ne soient pas symétriques car toutes les actions restent néanmoins possibles)
  3. Les activations secondaires des cases après construction « à la Caylus » qui apporte des éléments stratégiques supplémentaires intéressants
  • Les actions Bonus et le système de pose de pions sur le plateau Bruxelles (j’en mets deux si je viens en 3ème, classique mais efficace)
  • Les cartes nobles qui permettent de se spécialiser dans une stratégie avec une utilisation habile de l’activation
  • Le décompte des quartiers assez intéressant du point de vue du placement d’ouvrier moins du point de vue de la thématique

Les points faibles :

De manière générale, je pense que les principaux défauts du jeu reposent sur la surenchère des actions possibles. On est en plein m’as-tu-vu ludique : on veut (trop) et de manière ostentatoire nous en mettre plein les yeux. Autant j’ai trouvé le côté construction intéressant, autant le côté vente d’objet d’Art dans l’Atelier m’est apparu comme de la surenchère mécanistique inutile qui entraîne un certains nombres de problèmes :

  • L’aléatoire de la pioche des objets d’arts est frustrant si l’on combine cela avec le mécanisme de blocage des ventes insipide
  • Collectionner dès les deux premiers tours des milliers d’objets d’arts permet (en plus de sous en fin de tour) de vendre en fin de partie TOUS CES OBJETS D’ART pour 6 FB + 6 PV puisque l’on peut déplacer à foison le curseur (ils rapportent en plus des points en fin de partie au cas échéant)
  • Le décompte finale qui n’a ni queue ni tête : tout marque indifféremment des points les personnages, les constructions, les objets, les sous, les petits bonhommes qui pissent (même si une spécialisation « très abstraite » est possible avec les cartes bonus). Il manque juste des choux, des salades, des bières, des frites.... je m'arrête là vous avez compris l'idée.

De plus, d'autres points faibles se font sentir :

  • Le système de personnage final n’a thématiquement aucun sens (payer et rester sinon vous me faites perdre des points) plus le fait de pouvoir cumuler les mêmes personnages au cours de la partie.
  • Le changement de premier joueur (on compte les Manneken-Pis, risible)
  • Les tuiles de fin de tour pour celui qui passe (franchement sérieux à part mettre une ligne de plus dans la règle, est-ce vraiment utile ?)

Stratégie : 3/10

Devant cette pléthore de choix et d’opportunités, que faire ? Les différentes façons de marquer de points tuent vraiment la stratégie. De plus, il ne me semble pas que le jeu offre vraiment une réelle profondeur stratégique : chaque joueur qui a compris la règle aligne les points comme il alignerait des croix et on finit souvent à touche-touche. Ce jeu en devient presque une caricature.

[EDIT] : J'ai eu tout au long de la partie de subir le jeu et de n'avoir pas de réelle liberté dans mes choix. Je n'ai pas joué au jeu, le jeu m'a dicté les actions que je devais faire. De plus, arrêter d'équilibrer les jeux pour que tout le monde soit à touche touche (écart inférieur à 10 points entre le premier et le dernier à toutes les parties, après 3h de jeu, sérieusement !! J'aime pouvoir me prendre une branlée quand je joue mal et foutre une branlée quand je joue très bien, sinon à quoi sert la piste de score !!!)

J’aurais aimé que l’auteur se planche plus sur le plateau Art Nouveau et oublie ces objets d’arts. Certaines des idées, notamment le compas (pour la construction), avait du potentiel. Tout ne se serait pas noyé sous la masse indigeste de règles. L’essence même d’un jeu stratégique est à mon sens de choisir de manière opportune de réaliser un coup et de construire un plan plutôt que de gérer une cinquantaine de paramètres en même temps (rassurez-vous les ordinateurs font cela au moins 10000 fois mieux ce boulot que nous). On frise ce que je n’aime pas dans le jeu : le syndrome de l’exclusion et de l’élitisme (quand je vois que l'auteur sort Essen : the game je ne suis pas très loin du compte).

Conclusion

Bruxelles est un très joli jeu (à n’en pas douter) avec des mécanismes très intéressants et des petites trouvailles mais il ploie sous trop de petites règles futiles et artificielles qui combleront les calculateurs froids mais qui m’ont laissé globalement indifférents. A essayer de toute évidence, ce jeu n’est pourtant pas une révolution NI LA PERLE de l’année.

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