Caylus
Par William Attia
Illustré par Arnaud Demaegd
Édité par Ystari Games
2 à 5
Joueurs
12 ans et +
Âge
120 min
Temps de partie
35,00 € prix de vente conseillé
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Nouvelle cuisine...

10,0

Fervent adepte des soirées Fireball, je joue à ce jeu depuis Février dernier (2005) avec au moins plus de la moitié des parties soit avec l’auteur, soit avec l’éditeur. Si vous ne pensez pas trouver une certaine objectivité (toute relative j’en conviens) dans l’avis suivant, ne vous ulcérez pas à lire la suite :P

Quand on lit une première fois la recette, on craint l’indigestion devant la multiplicité des ingrédients : une gestion mixte de ressources (nourriture, bois, pierre, tissu et or) et d’argent, un nombre conséquent de bâtiments, un mécanisme d’activation de bâtiments, des moyens multiples et transverses de gagner des ressources/marquer des points…

Est-ce qu’on est pas en présence d’un plat qui à vouloir donner un jeu de gestion exigent n’en est que trop riche ? Quelques tours (de cuillère) et on se rend compte de la fluidité autour d’un mécanisme central somme toute assez simpliste (je pose des pions et je récolte). Tout s’imbrique pour satisfaire le palais, en dévoilant au fur et à mesure des parties ses arômes et sa délicate subtilité.

Il y a d'abord le prévôt aux niveaux multiples :
-celui passant en dernier ayant le plus grand pouvoir sur lui, il fait partie intégrante du système de passe, contrebalançant l’avantage de passer tôt (pièce bonus et placement plus coûteux pour les autres)
-un petit jeu du « si tu avances quand je recule » pour l’activation qui conduit à des négociations pimentées, et parfois quelques aigreurs d’estomac
-un marqueur de temps pour la partie accélérant la cuisson aux différents décomptes et pour certains, les carottes seront cuites avant l’heure.
A ce titre, la porte (un des bâtiments spéciaux) peut accroître la frustration autour du prévôt, surtout si la guilde est choisi.

En cours de partie, on est souvent tiraillé entre 2 voies principales.

D’une part le développement de la ville qui sera le moteur de la partie. D’une situation initiale où les ressources sont d’inégales raretés (du bois et de la nourriture communes, à la moins commune pierre puis au tissu, et enfin à l’inaccessible or), on se dirigera vers d’autres distributions inégales, qui influenceront complètement les décisions à prendre, que ce soient les positions à investir rapidement lors du placement, ou même les constructions suivantes (les combinaisons dans l’ordre de construction ayant leurs importances).

D’autre part le chantier du château source principale de points « directs » et de faveurs royales. Ces faveurs pourront servir tactiquement à combler un manque (d’argent, de ressources ou de bâtiments construits) mais seront également le principal moyen d’élaborer une stratégie (le plus souvent à court terme, sur 2 ou 3 tours de jeu). D’autant plus que l’auberge et le champ de joute seront des pierres d’angles pour véritablement révéler un investissement intensif dans cette voie.

Au final, un jeu de gestion pour opportunistes et hautement tactique, dont la multiplicité des moyens de marquer des points (entre construction de la ville, du château, ou conversion) permettra de retomber sur ses pattes. Le plus troublant, et c’est ce qui fait l’âme d’une grande recette, c’est de ne pas avoir un chemin clair vers la victoire : on rajoute une pointe de sel, une pointe de poivre, on goûte, on adapte, on recommence… Il va falloir sentir où le courant nous mène.

La cerise sur le gâteau: ce jeu est une merveille dans toutes les configurations et c'est ce qui en fait sa force. Du jeu à 2 plus cérébral, au jeu à 5 opportuniste où tout est rare, en passant par 3 ou 4 avec son piment de négociation. Et des stratégies toutes différentes et de puissances variables en fonction de ce nombre.

Rien de feint dans cet avis dithyrambique. Le plaisir est complet et véritablement, chaque partie de Caylus a pour moi été une évasion ludique réussie, d’autant plus que je ne cesse de m’étonner de son renouvellement. Et je ne refuse jamais une partie (même si c’est la troisième de la semaine). Il rejoint sans honte le panthéon des jeux qui m’impressionnent simplement par leurs mécanismes : Puerto Rico et Princes de Florence en tête de liste (et sans problème mon top 1 ou pouic d'or si vous voulez).

Bref un régal !

Commentaires

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