Navia Dratp - Starter Set
Ce jeu est sorti le 22 nov. 2005, et a été ajouté en base le 22 nov. 2005 par Guyomar

édition 2004

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Les 7 Masetaïs

Aujourd’hui dimanche, nous rendons visite aux Shogi. Depuis la dernière fois, la famille a encore grossi d’un lardon. Ils sont tellement nombreux là dedans qu’on finit par tous les confondre. Seulement, ce mineur là, il détonne fortissimo dans la portée. Bougrement dissonant. Quant à l’état civil, c’est peu dire qu’il intrigue. Navia Draaa… Un vrai test d’orthophoniste. Mais des balèzes en exégèse croient en avoir percé le secret, et voient dans ce nom l’anagramme de variant pad, étayant ainsi la thèse d’un lignage déviant. Navia Draaa… n’est pas un mutant, contrairement aux apparences, juste un bâtard. Le fruit aldultérin d’une liaison que notre geisha, lasse sans doute du traditionalisme désuet de son calligraphe de mari, aurait eu avec un mangaka au cortex irradié par une surexposition à Godzilla et aux Tortues Ninja.

La question des origines étant réglée, intéressons-nous maintenant à la qualité du sujet : jeu d’échecs. Attention! un vrai. Pas un machin à la Dreamblade où l’on ressasse encore et toujours les fondamentaux de la figurine : les sacro-saintes brouettes de dés. Un vrai jeu d’échecs! Denrée plutôt rare, il faut bien avouer, dans le paysage éditorial. Mais le plus surprenant, accrochez vous, est encore à venir quand vous apprendrez que Navia Draaa… fut lancée par Bandaï. Ca vous babouche un coin, ça vous couche un babouin, n’est-ce pas ? On a beau connaître les qualités gymniques des japonais et les savoir assez élastiques pour le grand écart et la transgression - voyez l’exemple d’un Kitano - on n’en reste pas moins médusé. Ou bien ils sont totalement kamikazes sur le plan marketing chez les banzaïs, ce qui paraît fort douteux, ou bien ils ont à leur tête un gourou de l’œcuménisme poursuivant l’utopie d’une grande fraternité ludique qui verrait enfin la réconciliation autour d’une table de jeu de fans de pokemon et d’échecs. Mais trois ans après le lancement, force est de constater que le rêve d’une telle communion a du plomb dans l’aile : Navia Draaa… aujourd’hui en est à la liquidation. Qui s’en étonnera ? Le concept pouvait difficilement mordre, en effet, au delà du cercle étroit et élitiste des amateurs de variantes échiquéennes. Fut-il habillé, de figurines et de fantasy. Car si l’on considère l’allergie manifestée par cette petite communauté pour le tape à l’œil du matériel et la thématique débile, d’un côté, et l’absence frustrante de dédé pour l’amateur invétéré de figurines, de l’autre, alors on comprend que le produit était voué à l’échec. Ce dont on ne se plaindra pas, non, car un tel fiasco, et c’est le paradoxe, nous laisse en héritage un jeu préservé du risque de dégénérescence. Laquelle n’aurait pas manqué d’arriver avec l’inflation des extensions, dénaturant graduellement le concept de départ en un Magic bis. Le jeu a donc acquis sa finitude. Ceci n’est pas un néologisme !

J’aurais aimé poursuivre cet avis par une petite radiographie du sujet, dans laquelle je vous aurais bien gonflé en passant en revue les différents mécanismes du jeu : le parachutage, la promotion et le flip des boussoles, les conditions de victoire, la gestion des cristaux et tout le tremblement. Il se trouve que nous sommes dimanche, dois-je vous le rappeler, et qu’après avoir consenti à de trop nombreuses libations au saké avec Shogi-san je me sens bien raplapla maintenant pour une pareille entreprise. Je me limiterai donc à une chose ou deux ci-après.

Quel grief généralement fait-on à l’endroit des échecs si ce n’est celui d’être une discipline plus qu’un jeu ? Aux échecs, un joueur avec ses seules qualités intuitives et tactiques paraît ne jamais pouvoir rivaliser face à un adversaire, même sans génie, qui a mémorisé une bibliothèque d’ouvertures et déroule ses coups en pilotage automatique, bien calé dans les rails. Pour beaucoup ceci est des plus frustrant. La théorie a atteint un tel développement après des siècles de pratique qu’elle a fini par interdire un jeu plus spontané et aventureux. Donc plus fun. Conséquence logique: les joueurs occasionnels s’en détournent. Alors, existe-t-il un remède à cela, docteur ? Si remède il y a - je parle évidemment pour nous autres les sans-grades, les lumpen du classement ELO - il réside certainement dans la remise en cause du schéma de départ au set-up bien trop figé avec sa symétrie de forces et de déploiement. C’est précisément à cet endroit qu’intervient notre Navia Draaa … qui dynamite le paradigme initial avec la levée d’un warband et le timing d’entrée en scène par parachutage. L’arborescence des coups considérablement ramifiée, c’est machette au poing qu’il faut à présent se tailler un chemin. Tout seul. En pionnier.

Souvent, entend-on dire à la ronde qu’un jeu a fini par combler chez tel ou tel cet idéal ludique que, j’imagine, tout un chacun porte en lui. Certains pensent l’avoir trouvé dans DT, d’autres dans Battlelore, un autre encore dans Shazamm, d’autres enfin poursuivent cette quête, tel Sisyphe roulant son rocher. En ce qui me concerne, je touche presque au Graal avec ce Navia Draaa... Je dis presque car si le jeu en lui-même m’émerveille, sa traduction thématique et matérielle, elle, m’horripile. Et je dois me faire violence ou considérer les choses au énième degré, ce qui revient en fait au même, pour tant soit peu m’approprier cet univers où se côtoient d’un côté des bimbos Barbies et des clones de Pikachu, et de l’autre créatures malsaines et très dark.

Quand retentiront les alarmes du brasier thermonucléaire, quand à l’aube de cette dévastation, tous, nous serons appelés aux abris, pour viatique de survie, j’emporterai sans doute au bunker ce Navia Draaa…
- A tes souhaits !

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