Ce jeu est sorti le 8 mai 2015, et a été ajouté en base le 23 févr. 2015 par Docteur Mops

édition 2015
Par Andreas Odendahl et Michael Keller
Illustré par Harald Lieske
Édité par Spielworxx et Pearl Games
Distribué par Millennium

Standalone 1 extension 2 éditions
50,00 €
Prix conseillé
Bouton pour acheter sur PhilibertBouton pour acheter sur Boutique LudiqueBouton pour acheter sur Amazon

La grange à Dédé

La côte ouest de l'île de Majorque est un véritable Eden. Nichée derrière une barrière montagneuse difficilement franchissable, la Sierra de Tramuntana, elle a conservé la beauté de son littoral et de ses champs d'agrumes. La vie y est simple et tranquille.

Le reste de l'île (c'est à dire les bons deux tiers restant) est une vaste plaine largement colonisée par le tourisme de masse et les habitants saisonniers. La capitale, Palma, exception faite de son vieux centre historique, voit son bord de mer ravagé par le béton. La baie où les boites de nuits disputent la place aux restaurants, aux casinos et aux hôtels de luxe, a été transformée en vaste port de plaisance, offrant ainsi le triste spectacle d'un balais de yachts clinquants. Dans cette plaine assommée par le cagnard, il est dit-on des villages entiers tombés progressivement aux mains des allemands par cooptations successives.

L'auteur de La Granja semble ainsi être dans le thème en ayant réussi à "germaniser" (pardon pardon, c'est mal les stéréotypes) une atmosphère aussi chaleureuse : d'un point de vue ludique, La Granja tombe à côté de la plaque.

Les premiers échos de ce jeu avaient pourtant réussi à éveiller ma curiosité. J'aimais le dessin de la boite et le thème me parlait. Je l'ai acheté sur la foi des premières critiques élogieuses. La lecture des règles se révèle d'ailleurs pleine de promesses. La piste Siesta évoqua immédiatement pour moi les siestes crapuleuses à l'ombre des orangers odorants. Mais la réalité, comme souvent, est un mur sur lequel sont fusillées les illusions.

La Granja est une mécanique froide, même glaciale, dont le thème inexistant est submergé par un flot d'actions et de possibilités peu intuitives, voire inutiles. Par exemple, il est possible de gagner sans jamais livrer la moindre marchandise aux commerces. Pauvres en points de victoires, ils permettent d'acquérir des tuiles commerces sensées améliorer votre rendement. Mais livrer aux commerces est un processus long et coûteux en actions. On voit tout de suite qu'il est préférable d'opter pour les charrettes.

Les trois premiers tours de jeu sont ainsi passés le nez dans le livret de règles, comportant quelques imprécisions malgré une volonté d'organiser les choses de manière claire. Relevons tout de même cet effort. Ca va mieux sur la fin de partie, certes, mais la mise en route est laborieuse pour un résultat assez mitigé en terme de plaisir de jeu.

Tiens, un exemple d'imprécision : certaines cartes, lorsqu'elles sont posées en tant qu'ouvriers, précisent à l'aide du symbole x1 qu'elles ne peuvent être jouées qu'une seule fois par tour et qu'il est nécessaire, un fois activées, d'y placer un pion afin d'indiquer qu'elles l'ont été. Or de fait, elles ne peuvent être activées qu'au cours d'une phase bien précise et une seule fois. Du coup, quel intérêt d'y poser un pion ? Y a-t-il un truc qu'on aurait loupé ? Du coup, on a parfois l'impression d'un jeu un peu lourd pour pas grand chose, et le sentiment d'avoir mal lu un point de détail particulier vient souvent vous titiller. Ainsi en va-t-il de l'usage des commerces et de la phase livraison que j'évoquais plus avant...

Et cette piste Siesta ! Pourquoi l'avoir faite aussi longue ? En effet, au cours de cette première partie, nous n'avons pas été au delà des trois premières cases...

Et puis rien de nouveau sous le soleil de Majorque. La phase revenu avec son tirage de dés (une idée dynamique et fun) a été récemment croisée du côté de El Gaucho ! Pareil en ce qui concerne l'usage multiple des cartes...

Si la qualité du matériel ne souffre d'aucune critique (l'esthétique hormis l'illustration de la boite elle-même reste discutable, mais c'est une question de goût, après tout), le fait de glisser ses cartes sous son plateau individuel est fastidieux : les cartes bougent, glissent, se chevauchent mal, et les pions déjà présents sur les charrettes tombent. Plus difficilement acceptable est le prix de la boite, cher pour tant de vide (ceux qui un possèdent un exemplaire pourront ainsi s'amuser à comparer une boite de La Granja avec celle de Terra Mystica ou de Caverna... Ou même avec celle de Bruxelles, chez le même éditeur, vendue dix euros de moins et pourtant nettement plus généreuse...

Bref ! C'est la déception nette et franche. L'envie d'y rejouer n'est pas vraiment suscitée. Il y a sans doute des petites choses a revoir de notre côté niveau interprétation des règles, mais même en ayant cette idée dans un coin de la tête, le soufflé est dégonflé. Je m'attendais à un gros volume de jeu à la Caverna, mais je n'y ai trouvé qu'un enchevêtrement glacé de mécanismes d'une part trop complexes pour le peu de relief conféré au jeu, et d'autre part difficilement assimilables par rapport à leur intérêt ludique.

L'esprit farniente baléarique s'est fait la malle. Et mon intérêt aussi ! Dans ces conditions, je préfère m'en retourner dans la grange au Dédé pour m'absorber dans un chaleureux El Gaucho !

 Voir d'autres avis...

Commentaires

Default