Ce jeu est sorti le 10 avr. 2003, et a été ajouté en base le 4 avr. 2003 par Oxianne

édition 2003
Par Dirk Henn
Illustré par Christof Tisch et Jörg Asselborn
Édité par Queen Games
Distribué par Oya et Atalia

Standalone 8 extensions 4 éditions

L'intelligence pure est en vacances en Espagne !

Voilà un jeu qui suscite beaucoup de controverses. Je ne pense pas qu’il en aurait été de même s’il n’avait reçu conjointement le prix du Festival de Cannes (où j’ai 1/8 de responsabilité) et le Spiel des Jahres.

Alhambra est avant tout l’aboutissement d’un mécanisme que Dirk Henn avait déjà mis en œuvre dans deux de ses créations antérieures. Ce mécanisme d’achat n’est donc pas une nouveauté et on le retrouve d’ailleurs sous des formes différentes dans Atlantic Star ou le Collier de la Reine.
Ici, point de dévaluation, ce sont les joueurs qui peuvent augmenter leur richesse.

La nouveauté dans Alhambra, c’est que le système d’achat a été couplé à un autre mécanisme : la construction en système de dominos.

Il est donc bien évident que les prix ne récompensent donc pas ici l’innovation. Alhambra n’est pas un jeu original, ni surprenant pour tous ceux qui suivent la production allemande depuis quelques années.

Au nombre de ses défauts, on peut lui reprocher un aspect aléatoire qui provoque la frustration des planificateurs à long terme. L’ordre du tour, peut parfois vous amener à des situations peu intéressantes, ou à vous faire rafler sous le nez, la tuile tant convoitée. Cette frustration mal ressentie par les uns, sera aussi un déclencheur d’excitation chez les autres.
Le seul vrai problème à mon goût, c’est que cette part d’alea tend à croître considérablement avec le nombre de participants. Au delà de 4 joueurs, le chaos devient vraiment trop important et les tours sont trop longs.

Pour ma part, je regrette également un manque d’humour dans l’habillage du jeu.
Graphiquement, je ne le trouve pas si réussi que cela. Son style très allemand est un peu austère, bien que passe-partout. On a plaisir à imaginer une version plus latine avec un peu plus de second degré.

Voyons maintenant ces qualités. Je reste persuadé que le véritable talent de Dirk Henn tiens dans la cohésion et l’équilibre du jeu. On aurait effectivement pu imaginer une version où la réflexion était plus grande en minimisant la part de hasard. Mais à l’évidence, ce ne fut pas la volonté de l’auteur.
Alhambra en devient donc un jeu très accessible, où le public des joueurs occasionnels peut découvrir des mécanismes amusants, avec assez d’opportunité pour que les parties ne tournent pas au jeu de Go.

L’équilibre entre la phase d’achat et la phase de construction est très agréable et l’un ne prédomine jamais sur l’autre.

Si le jeu ne comporte pas d’interactions directes avec les autres participants, il est faux de croire que l’on peut jouer seul dans son coin. En effet, il vaut mieux garder en mémoire ce que peuvent acheter les autres, et avoir un œil sur leur construction pour ne pas leur laisser un ou plusieurs avantages sur les monopoles.

Ce qui handicape les amateurs de réflexion pure, avantageras ceux qui veulent bien y voir un divertissement agréable qui peut être partagé par la majorité des joueurs.
En effet, les scores deviennent vite assez serrés au fur et à mesure des parties.

La partie d’achat bien que frustrante amène du sel dans cet Alhambra tandis que la partie de construction apporte une poésie permettant de voir sa ville évoluer doucement.
Le jeu possède en fait cette merveilleuse qualité de pouvoir réunir des joueurs de niveaux différents autour de mécanismes variés où la prédominance ne peut jamais être automatique, et le suspens présent tout au long de la partie.

Si ce frein à la victoire de « l’intelligence pure » est un défaut pour certain, il réconciliera tous les autres autour d’un produit efficace et agréable.
Donc pas de récompense à l’innovation, mais un grand bravo à la cohésion qui permettra à tous les publics de se retrouver autour d’un produit plus malin qu’il n’y paraît.

Pour terminer, le jeu fonctionne très bien à deux. Je le pratique régulièrement et nous y jouons avec les cartes argent face visibles, ce qui permet d’éviter le petit exercice de mémorisation qui ne m’est pas favorable :)

 Voir d'autres avis...

Commentaires

Default