High Society
De Reiner Knizia
Édité par Uberplay
3 à 5 joueurs
Nombre de joueurs
10 ans et +
Âge
30 min
Temps de partie
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Jeu de haute société

10,0

Comme je n’intégrerais probablement jamais le palmarès Forbes des plus grandes fortunes mondiales, je me console en jouant non pas en bourse mais à High Society. Un jeu d’enchères du maître en la matière : sa majesté Reiner.

On fait souvent à notre Kaiser le reproche d’enrober ses créations de thématiques assez artificielles. La chose, certes, est fondée, et le cas présent l’exception alors qui confirme la règle. Dans l’univers des rupins, les cotations financières comme l’adjudication d’œuvres d’art sont des éléments du décor assez fantasmatiques. De ce fait, constituer un patrimoine de prestige à coup de millions est, sans chercher bien loin, le thème qui certainement sied le mieux à une mécanique d’enchères. Bien plus, à vrai dire, que des crues du Nil au temps des pharaons. Mais, si convaincant que soit un thème, encore faut-il qu’il soit servi par une édition à la hauteur. Nous qui aspirons à pousser la porte de cette high society, nous ne marcherions pas dans l’illusion, en effet, s’il ne s’agissait que d’un jeu de cartes à moins de dix balles ! Pas assez cher mon fils ! dirait l’émir. Überplay l’a si bien compris qu’il nous offre – nécessaire concordance de thème et de forme - un matériel des plus classieux : d’épaisses tuiles en carton, des cartes de très belle facture, et une boite que certains jugeront démesurée pour le contenu, or c’est vite oublier que dans la high society l’on voit tout en grand et que l’encombrement d’un jeu ici n’a jamais posé problème pas plus que le stationnement d’une cadillac. Mais arrêtons-nous sur la boite un instant. Fort à propos, elle met en exergue avec une belle touche BD ligne claire la dérision délicieusement immorale inhérente au jeu : sous un sac gorgé de dollars faisant le o de society que précède un high couleur billet vert, un jeune et séduisant couple se sépare à la sortie d’un casino courant chacun de son côté et disperse en plein vent ses liasses de biftons. J’adore !

Thème. Forme. D’accord, mais le fond dans tout ça ? Eh bien côté mécanique, j’y viens, c’est encore du grand luxe. Pour un filler de 15 minutes estampillé apéro, on a quand même droit à du caviar-champagne, ce qui change des cahouètes-pasta si vous voyez ce que je veux dire.
Il y a tout d’abord une main de billets qu’il faudra dépenser sans pouvoir faire la monnaie et qui vous inflige des dilemmes assassins. Voudra-t-on serrer les prix au plus juste lors des acquisitions, on dit alors adieu à ses petites coupures. Ce qui conduit pour les ventes ultérieures à surenchérir avec du gros et à surpayer ses achats, c’est fatal. Une pente très dangereuse menant, à l’heure des comptes, tout droit à l’élimination. Il y a ensuite les enchères déclenchées par une tuile malheur (une tuile ISF aurait été la bienvenue au passage!) enchères au cours desquelles il faudra débourser mais pour ne pas encaisser les effets négatifs. Là encore, en perspective, de grosses prises de tête pour jauger le point d’équilibre où l’incidence de la tuile s’avère inférieure à ce qu’elle va faire casquer aux autres. Enfin, et c’est atroce, il y a une condition d’éligibilité à la plus grosse fortune qui disqualifie d’office le plus dégarni en termes de cash. C’est peut-être là que l’on reconnaît le mieux la griffe du Kaiser. Ce même côté vicelard qu’on peut trouver dans le décompte final du Tigre et l’Euphrate et qui oblige à garder en mémoire durant la partie l’évolution des cubes derrière les paravents et dans High Society à pointer les coupures déjà claquées. La combinaison de tous ces éléments ouvre donc sur des stratégies difficiles à définir. J’ai joué, tour à tour, les flambeurs et me suis planté. Les rapiats. Et me suis replanté. Mais toujours je me suis beaucoup amusé.

Dans l’album des jeux d’enchères du sieur Knizia, High Society semble être un passage obligé. C’est une création remarquablement cohérente, consistante et simple à la fois, qui pourra servir de transition à des choses un tantinet plus alambiquées tel que Râ.

Et n’oubliez pas l’adage du jeu : l’argent n’est pas tout, mais c’est plus facile avec !

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