Ce jeu est sorti le 8 mai 2015, et a été ajouté en base le 23 févr. 2015 par Docteur Mops

édition 2015
Par Andreas Odendahl et Michael Keller
Illustré par Harald Lieske
Édité par Spielworxx et Pearl Games
Distribué par Millennium

Standalone 1 extension 2 éditions
50,00 €
Prix conseillé
Bouton pour acheter sur PhilibertBouton pour acheter sur Amazon

Indigestion mécanistique : comme on dirait dans ma campagne les auteurs nous en ont mis ras la gueule

Enfin, j'ai pu découvrir cette Granja et comment dire, je suis des plus circonspects. Honnêtement, je ne peux pas dire que ce soit un mauvais jeu mais il constitue pour ma part la caricature du jeu de gestion allemande que je déteste. La principale cause est le mélange de mécanismes déjà utilisés dans d’autres jeux (Gloire de Rome, Ispahan-El Gaucho et Luna), qui est en soit une bonne idée mais dont les auteurs n’ont pas tiré la substantifique moelle, comme l’a réussi Friedmann Friese et son très bon Copycat (Fremde Federn).

Avant Propos :

Que savais-je de ce jeu avant de jouer :

La Granja, gros jeu de gestion à l’allemande dont les auteurs ont revendiqué l’emprunt de mécanismes et de thème à plusieurs grands hits ludiques : la Gloire de Rome de Carl Chudyk, Luna de Herr Meister Feld (parallèlement c’est le jeu que j’apprécie le moins de cet auteur avec Bruges) et la patte Agricola avec la thématique agricole et les fameuses transformations de ressources de Uwe Rosenberg (l’auteur allemand le plus surcôté à mes yeux).

Le gros jeu de Pearl Games de l’année 2015, traduit de l’écurie SpielWorxxx, maison allemande connu pour ses cubes. Qui dit Pearl Games, dit a priori une très bonne réception sur Tric Trac et un buzz très positif de la part des joueurs et dit méfiance pour moi car pour l’instant aucun jeu de cet éditeur ne m’a convaincu (n’ayant pas encore testé Deus et Gingkopolis) à part l’Auberge Sanglante (sympathique, je n’ai pas non plus sauté au plafond)

De mon point de vue, c’est donc avec une impression mitigé voire négative que je m’engageais et malheureusement tout cela s’est bien vite confirmé cartes et pions en main. Je précise ici que je me suis quand même donné du mal, finissant premier ex-aequo, autant dire que je n’ai pas joué en dilettante.

Graphismes et ergonomie :

Contrairement à beaucoup, je trouve que les graphismes et l’ergonomie sont plutôt adaptés à ce style de jeu (les pointilleux trouveront toujours à dire sur un bout de cadre qui dépasse d’une carte lorsqu’on la place, que les cartes glissent…).

La disposition des cartes est claire, on comprend bien le tenant et les aboutissants des quatre coins des cartes + du pouvoir associé à la carte. Les iconographies du plateau individuel et commun est optimale (étoile pour les améliorations gratuites, chapeau de paille pour la siesta)… Le jeu est fonctionnel, notamment les marqueurs ressources neutres qui remplacent une forêt de tuiles (qui fonctionne aussi bien que dans Clochemerle, il faut juste se concentrer un minimum).

Rien à dire non plus sur la règle, assez dense mais précise avec un rappel des pouvoirs des cartes très utiles.

Thématique :

Totalement absente, on pourrait forer du pétrole sur Mars, vendre des tracteurs au fin fond de la Creuse ou des tapis au souk que ça serait le même jeu. En soit la thématique n’est pas l’élément le plus important de ce type de jeu à mes yeux mais on a vu plus sexy et moins éculé que la ferme, je cite ici volontairement Bora Bora et ses tatouages maoris et ses dieux païens, ça fait un peu plus rêvé.

Mécanisme :

« Miam miam miam miam yuupsss PFFFffff, j’ai trop mangé moué, allez encore un peu de bûche… excusez moi beeeeuuuargh »

J’ai à peu près résumé tout ce que je pense de ce jeu qui est loin d’être un ratage complet. En effet, on ne peut pas nier qu’il tourne, les phases s’enchaînent assez bien après un premier tour de jeu, il y a de la tension dans la gestion dans les ressources produites et de l’argent, dans le choix des actions. Voilà, un jeu de comptables poussés à son paroxysme avec pas grand-chose de très marquant.

Pourtant la profusion de mécanismes ne me font pas peur, étant un grand fan de Bora Bora qui empile beaucoup de choses mais avec une maestria que les auteurs de la Granja n’ont malheureusement pas eu (il faut dire que c’est particulièrement difficile). Jouer aux deux jeux, et vous me comprendrez la différence de classe entre les deux.

La Granja :

- les mécanismes NE S’IMBRIQUENT PAS UN POIL : je me demande pourquoi avec les charrettes, on ne faisait pas plutôt tourner un awalé, une roue de calendrier maya, on gagnait des point d’action ou on pouvait drafter des cartes.

- Aucune mécanique n’est exploitée à fond lors d’une partie : le jeu ouvre 40 façons de scorer à la Uwe Rosenberg et du coup, ça devient juste une bonne purge, lundi je fais du cochon (on va bien voir combien de points je vais faire), mardi allez vive la siesta (ah 3 points de moins que les cochons, ça marche moins bien), mercredi allez je vais charreter comme un bœuf (3 point de plus, bravo)…pfff…

- Très peu de latitude (à part les caisses remportées au compte-goutte lors de la vente de charrette, du coup très peu de libertés)

- Une interaction très très faible (ah lui il a pris ce pouvoir il gagne un PV lorsqu’il livre un blé, ah ben je vais le bloquer en piquant du blé mais en même temps je laisse ce raisin à lui qui en a bien besoin car il les convertit en vin pour moins cher, en même temps, moi je peux prendre un cochon avec mon éleveur ils se reproduisent plus). Bref, on se contente de lire ces cartes et de faire son « petit bazar » de son côté, les autres RAF ma petite dame

- Des pouvoirs de cartes complètement risibles et caricaturaux : j’ai pris le cordonnier qui me permettait de faire une sieste supplémentaire pendant que les cochons copulaient pour faire une portée LOL (j’ai bien ri)

Bora Bora :

- Imbrication des mécanismes justes énormes : tout se croise et se chevauche, travailleurs, dieux, bonus de flamme, objectifs voilà ce que j’attends d’un auteur !!

- Beaucoup d’interaction (prise d’ouvrier, prise de bijoux, prise d’objectifs, temples, choix des dés)

- Des choix cruciaux permanents

- Une grande latitude avec les cartes et tuiles de dieux et les bonus de flamme


Au passage, niveau accumulation de mécanismes, Copycat est un exemple à suivre d’un auteur qui a vraiment décidé de les réadapter et d’en faire autre chose même si on sent la patte d’Agricola et de Dominion derrière. Pour la Granja, on a juste un plaquage froid avec un habillage de points de victoire et de transformations de ressources en veux-tu en voilà, ce que n’importe quel auteur ou passionné de jeux peut faire dans ses protos. J’avoue que l’équilibrage est quand même bien fait mais c’est pareil, l’équilibrage si peut que l’on bosse et que l’on teste le jeu, il vient à mon avis naturellement.


Points positifs :


- Le travail d’édition pas parfait ni splendide mais le matériel est très fonctionnel pour ce type de jeu avec du matériel de qualité

- Le jeu est huilé, pas de bugs, il tourne bien

- Rejouabilité importante avec les pouvoirs des cartes qui diffèrent


Points négatifs :

- Aucune vraie sensation ludique, le jeu est juste froid

- Aucune interaction (un bon solitaire à 4)

- Jeu de comptables avec 10000000000 façons de scorer (les fans d’Agricola et les adorateurs de l’ordre Rosenbergien seront aux anges, le moine de l’ordre des Feldiens que je suis, ne peut que conspuer un jeu pareil)


Bilan : la moyenne 10/20, avec une patte plus visible des deux auteurs et une meilleure articulation, ce jeu aurait sans doute eu beaucoup plus car certaines idées sont bonnes

“Rumour spreadin' a-'round
In that Andalusia town
'Bout that shack outside La Granja
And you know what I'm talkin' about
Just let me know
If you wanna go
To that home out on the range
They gotta lotta cold games ah
 Les moins

 Voir d'autres avis...

Commentaires

Default