I Want To Believe

Quel étrange chose ludique que voilà !

Le moins que l'on puisse dire est qu'il s'agit d'un cocktail très original. La découverte de ce jeu au cours des premiers tours procure une indéniable sensation de fraîcheur. Pour un peu, on en perdrait son latin : un peu d'affrontement à la cuillère, simple, efficace (Zargos pour les plus anciens d'entre nous, Kemet, Cyclades...), un peu de gestion de cubes représentant ici des actions potentielles en les combinant entre eux (ce ne sont pas des ressources, ouf !), un peu de deck-building, un peu de bag-building (petit principe assez nouveau peu rencontré jusque là)... Ajoutons à cela que ça combote à tous les étages. C'en est presque vertigineux.

Rarement un jeu m'aura procuré une telle sensation de liberté, à part peut-être Mage Knight (bien plus touffu quand même). On peut tout faire et dans n'importe quel ordre : se déplacer, bastonner, se déplacer à nouveau, explorer des ruines, ou cette petite cité aux attrayants faubourgs, découvrir une technologie, se déplacer encore une fois... Les dilemmes et les options de jeu se bousculent avec en point de mire cette question cruelle : est-il préférable de chopper toujours plus de cubes au risque de ne pas tourner assez rapidement ?

Oui, c'est excitant. Rapidement, on aperçoit l'énorme palette de possibilités se révéler sous nos yeux médusés. Il y a réellement mille façons de jouer, d'autant que le jeu promet une rejouabilité excellente : plateaux de départ réversibles, hexagones variés, tirage des cartes technologies... Sans oublier l'asymétrie des peuples qu'il est d'ailleurs permis d'ignorer ! L'altimètre s'affole comme rarement. On tient quelque chose, c'est certain !

Ajoutons que le dosage entre stratégie et opportunisme me semble ajusté au millipoil. Lorsqu'arrive son tour de jouer, il est permis de réagir aux actions des adversaires sans que cela perturbe considérablement vos petits plans savamment travaillés. C'est quand même très fort.

Mais dans ce cas, pourquoi une telle note ?

Et bien primo, je trouve dommage que l'aspect graphique ne soit pas vraiment à la hauteur. Le matos est correct, sans plus. Les pions sont certes de vraies figurines aux couleurs des joueurs, individualisées, mais le plastique est de méchante qualité (ceux qui auront joué aux petits soldats étant minots sauront de quoi je parle). Les plateaux individuels, hormis l'illustration centrale, sont assez austères, tout comme les jetons. Les hexagones terrain sont quelconques, limite laids. Quant à l'iconographie, elle n'est pas très intuitive et nécessité trop souvent de se référer au livret de règles. Seules les cartes finalement offrent une compensation visuelle bienvenue : elles sont superbes.

Et secundo, le temps d'attente entre deux tours est démesurément long. Je suis habituellement peu enclin à l'impatience, mais dans le cas présent, j'ai trouvé que ça alourdissait sensiblement le jeu. Je parlais plus haut de ce mélange d'opportunisme et de stratégie. Si le cocktail a bon gout et que sa fraîcheur est appréciable, faut quand même pas en boire des litres au risque d'être rapidement écoeuré. Les premiers tours, cela ne se ressent pas du tout. On découvre. On est comme un gosse. Les possibilités sont tellement énormes que lorsque revient son tour, on est toujours à calculer. Le temps passe vite, on ne ressent pas encore la langueur s'insinuer dans les rouages. Mais après quelques tours, évidemment, on se débrouille mieux. Parfois même, il n'y a pas grand chose à faire si par malheur vous faite un mauvais tirage de cubes. Dans ce cas là, l'attente est longue comme un jour sans eau. On se sent piaffer d'impatience. On peste contre l'impuissance qui nous paralyse !

Au final, on est presque soulagé lorsqu'un joueur met enfin fin (tiens ! voilà que je bégaye) au jeu. Alors certes, il est possible de changer la durée de jeu en s'accordant dès le départ sur le nombre et le(s) type(s) de condition(s) de victoire. Nous, nous avons joué avec deux conditions différentes. Peut-être qu'une seule suffit. J'imagine le cauchemar avec trois conditions !...

Hyperborea est un très bon jeu. On le trouvera au minimum original, il n'y a pas à discuter là-dessus. L'envie d'en refaire une partie est bien là. Mais à trop chercher le dosage parfait, on finit parfois par verser la goutte qui fera irrémédiablement tourner votre chimie en eau de boudin. Ici, c'est un peu de ça dont il est question. Mais comme je ne suis pas bégueule, je reconnais bien volontiers que ma critique est à la mesure de ma déception. Des fois, t'es passé tellement près de l'exploit que tu t'en boufferais les c... !

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