Ghost Stories
Par Antoine Bauza
Illustré par Piérô La lune
Édité par Repos production
1 à 4 joueurs
Nombre de joueurs
12 ans et +
Âge
60 min
Temps de partie
40,00 € prix de vente conseillé
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Histoire de Meeples #3 Ghost Stories [Partie Narrative]

10,0
Récit entier disponible sur mon blog Histoires de Meeples https://histoiredemeeples.home.blog/2020/04/18/histoire-de-meeples-3-ghost-stories/

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Le crépuscule point sur le village de Changzou. Dans les marécages du sud, le coassement des crapauds se mêle au bourdonnement des moustiques tigres. A l’ouest, la frondaisons de la forêt de bambous s’assombrissent. Les herbes hautes s’agitent, territoire de chasse des prédateurs nocturnes. On croit voir passer l’ombre d’un tigre, tandis qu’une volée de corneilles s’envole dans un concert de jacassements. A l’est coule paisiblement la rivière Hongpu. Elle descend des montagnes, d’abord torrentielle, puis passe calmement sous le pont des incantations. Son clapotis est régulier et paisible. Sur ses berges poussent roseaux et herbes folles. Au nord, les cimes des montagnes sacrées projettent leur silhouette grandiose sur le village. Un vent frais souffle de ses hauteurs, inondant Wu Zeng d’un doux sentiment de félicité.

Comme tous les soirs, Lia Chen patrouille le long du rempart sud. Elle hume l’air avec délectation en passant à proximité de l’herboristerie. Le vieux Jiang Li est encore ouvert. Des lampions brillent devant l’entrée de l’établissement. Une lueur dorée s’échappe de la porte à demi ouverte et le voile d’un rideau s’agite faiblement à une fenêtre. En prêtant l’oreille, on entend le bruit du verre qui s’entrechoque, le léger frottement d’une herbe sèche que l’on effrite, puis le tapotement sourd du pilon au fond d’une écuelle en bois.

Aux abords du cimetière, le silence est total, pesant. Lia Chen a appris à ne pas craindre les morts. Elle observe les stèles et les pierres tombales qui se succèdent en adressant une prière aux anciennes divinités qui protègent le village.

Plus loin, elle s’approche de la maison du thé. La plupart des moines s’y rendent a la nuit tombée, après une journée consacrée à la prière, la méditation et la recherche de la transcendance. C’est également le lieu de rendez-vous des paysans qui cultivent les terres agricoles autour de Changzou. Ils ne partagent pas les mêmes pièces que les religieux, mais peuvent s’y délecter au même titre de thé, d’alcools et de gâteaux de riz parfumés à la rose et à la fleur de cerisier. Des effluves suaves et épicées emplissent les poumons de Lia Chen, sans que cela ne détourne sa vigilance.

Soudain, elle aperçoit quelque chose d’inhabituel. Le marécage tout entier semble s’allumer d’une lueur jaunâtre. Des volutes de d’une fumée iridescente se sont mises à tourbillonner à quelques centimètres du sol. Elles s’élèvent lascivement vers le firmament qui se mouchette d’étoiles. Le marais tout entier semble s’être tu. Criquets, oiseaux, batraciens. Même le vent s’est arrêté. La végétation faite d’herbe sèche et de buissons rachitiques est comme immobilisée. Malgré cela, la brume surnaturelle continue de se mouvoir, émanation planante d’une menace indicible.

Un maléfice est à l’oeuvre.

Lia Chen se trouve un instant pétrifiée par une terreur sourde qui fouaille ses entrailles et la glace jusqu’au sang. Son esprit est alors happé dans un tourbillon de noirceur. Elle se retrouve, ahurie, au milieu d’un cercle de flammes. Autour d’elle, la brume jaunâtre est une purée de pois épaisse et suffocante. Elle ne distingue qu’une ombre vaguement humaine qui lui fait face et qui semble s’approcher en lévitant. Un visage cadavérique se dessine bientôt dans le brouillard. Ses yeux sont deux cavités rougeâtres qui brillent avec incandescence. Son teint est gris et pâle. Il est cerné, ses joues sont creusées, et un filet sanguinolent scintille à la commissure de ses lèvres noires et minces. Son corps bascule à son tour dans la lumière. Dégingandé, il flotte dans un manteau dont le cuir semble avoir été façonné dans de la chair humaine. Ses bras, longs et ballants, s’achèvent sur des ongles démesurés d’un rouge vif. Ils irradient d’une puissance terrifiante et semblent pouvoir lacérer une gorge ou une poitrine comme s’il s’agissait d’un frêle surcot de paille tressée.

Le monstre ouvre la bouche, révélant deux canines aiguisées comme des poignards. Dans un bond prodigieux, il se jette en avant…

Lia Chen est comme propulsée en dehors de cette vision cauchemardesque. Elle bascule en arrière et s’écrase lourdement sur le dos. Le choc lui coupe la respiration. Il lui faut plusieurs minutes pour recouvrer ses esprits. Son front est brûlant. Elle est tremblante, humide de sueur. Fébrilement, elle porte la main aux amulettes gravées de runes qui enserrent son cou. Le contact du métal béni la rassérène. Tant qu’elle les porte, elle se sait protégée de toute influence démoniaque.

Que Bouddha la préserve, cette vision l’a chamboulée comme jamais elle ne l’avait été ! Elle se retourne et fixe l’horizon. Son cœur se fige dans sa poitrine lorsqu’elle aperçoit distinctement une brume rougeâtre descendre en serpentant des montagnes sacrées, une brume verdâtre s’extraire des bambous de la forêt à l’ouest, et une brume aux reflets bleutés remonter le lit de la rivière Hongpu.

– La nuit des suppliciés… murmure t-elle avec une terreur bien réelle dans la voix. Se pourrait-il que…

*

Ses pas résonnent sur les pavés tandis que Lia Chen se hâte vers le temple bouddhiste au centre de Changzou. Maître Duan Sun doit être averti. Elle sait qu’elle a abandonné son poste et qu’elle agit au mépris de toutes les règles de sécurité, mais son instinct lui dicte ses actes. Elle ne peut pas dissimuler sa vision au Maître, ni les conclusions qu’elle en a tiré.

Elle grimpe les marches qui mènent aux quartiers du Maître quatre à quatre. L’odeur de l’encens cérémoniel et du riz glutineux arrosé à l’huile de sésame accueillent son arrivée. Elle constate avec dépit et une pointe d’angoisse que le Maître n’est pas seul. À ses côtés, sont agenouillés Xiao Long, disciple du Dragon, drapé de pourpre et d’or, Shi Wei, disciple du Serpent, vêtue d’émeraude et d’argent, et Qiao An, disciple du Singe, paré de turquoise et de bronze. Tous trois étaient en faction ce soir.


Un instant, Lia Chen a espéré se fourvoyer. Mais lorsque le Maître l’interpelle d’une voix grave et solennelle, elle sait. Une chaleur divine irradie dans tout son corps et refoule la peur qui menaçait de la submerger. Son visage se mue en un masque de détermination et de courage. L’heure est belle et bien venue…

– Nous t’attendions Lia Chen.

Lia Chen se prosterne devant Maître Duan Sun avec déférence.

– Les écrits des anciens Maîtres nous ont toujours avertis d’un danger inéluctable. J’ai longtemps cru, dans ma vanité, que je pourrais inverser le cours du destin. J’ai compulsé les almanachs sacrés, me suis dévoué à la pratique de l’exorcisme dans sa forme la plus pure, pour tenter de nous en prémunir. Mais mes recherches, comme mes prières, ont été vaines. Aujourd’hui, c’est avec la plus grande humilité que j’accueille ces événements… J’ai jeûné, et médité ces six derniers jours. Mes visions ont été terribles… Obscures… Chaotiques… Mais de minces rayons désespérance ont su transpercer cette noirceur.

– Wu-Feng, après des décennies d’errance, a localisé l’urne qui contient ses cendres. Il vient la réclamer. Le monde court un terrible danger mais, tout ceci était écrit depuis la nuit des temps. Cependant, nous ne nous laisserons pas submerger par le fatalisme. Car si de mes visions j’ai été témoin d’une destiné inébranlable : celle qui a mené à cette nuit funeste, la conclusion demeure indécise. Dans un océan de carnages et de turpitudes, j’ai vu quatre guerriers magnifiques refouler l’obscurité. Des vagues débilitantes s’abattaient sur eux. Ils ployaient le genou, mais ils se relevaient sans cesse.

– Xiao Long, Shi Wei, Lia Chen, Qiao An. Vous êtes les moines-guerriers de l’ordre de Tao, garants de la frontière entre les morts et les vivants. Xiao, le Dragon, puissant et rapide. Shi, le Serpent, résiliente et déterminée. Lia, le Tigre, brave et protectrice. Qiao, le Singe, farouche et audacieux. Vous êtes ces quatre lumières que j’ai vu en songe et qui doivent s’élever contre cette force qui menace d’aliéner toute forme de vie sur cette terre. Bouddha veillera sur vous et armera votre foi pendant cette nuit tumultueuse et guerrière. Il est temps, temps d’assumer l’héritage maudit dont nous sommes les dépositaires. Il est temps de faire face à Wu-Feng, Seigneur des Neuf Enfers.

*

Galvanisés par le discours de Maître Duan Sun, Lia Chen et ses condisciples de l’ordre de Tao se ruent à l’extérieur du temple, leur épée runique dégainée et prête à bannir les créatures des enfers dans les limbes créatrices.

Lia Chen observe ses camarades. Leur visage est résigné. Il ne trahit aucun signe d’appréhension. Leur existence entière à été dédiée à ce moment. Ils sont prêts à en affronter toutes les conséquences.

Un hurlement guttural suivi d’un gargouillis immonde s’élève au sud. Lia Chen fait signe à ses acolytes qu’elle s’en charge. Les marécages abritent l’autel de prière du du Dieu Tigre. C’est l’endroit du village où son mantra est le plus puissant. Elle sent que d’autres menaces vont surgir autour de Changzou et demander l’intervention de ses collègues. Ils prononcent une rapide incantation qui leur permet de conserver un lien télépathique, puis se dispersent. Qiao An s’engouffre dans le temple, à la recherche des statuettes sacrées de Bouddha. Xiao Long, utilisant ses pouvoirs, s’envole dans une bourrasque vers la hutte de la sorcière Gu Xinjue, une exorciste sans âge qui vit au nord-ouest du village. Shi Wei part au pas de course vers le cercle de prière, où les moines du temple se sont rassemblés pour prier et invoquer l’aide de divinités bienveillantes.

Lia Chen arrive au cimetière. Devant elle, un zombie approche de sa démarche claudicante. Il est halé d’une nimbe de brume jaunâtre. Ses yeux injectés de sang tournoient comme une toupie. Il bave et grogne alors que le combat s’engage. C’est un adversaire balourd mais coriace. Lia Chen est contrainte d’avaler une poignée de riz glutineux enchanté pour concentrer son exorcisme de bataille et se débarrasser du monstre, mais elle ne s’en inquiète pas. Elle égale presque Maître Duan Sun dans la pratique des enchantements. Elle a une besace emplie de breloques autour de la taille. Elle sait qu’elle ne devrait pas tomber à court de composants mystiques pour affronter les vagues de monstruosités qui vont déferler cette nuit.

Alors que le zombie agonise dans un spasme, l’air autour de lui crépite, semble palpiter. Des filaments de brume jaillissent de son cadavre et se contorsionnent dans l’air, comme possédés. Arrivés au dessus du cimetière, ils recouvrent les stèles d’un halo de brume. Bientôt, l’endroit entier est recouvert par un brouillard jaunâtre surnaturel. Le lieu est devenu un mirage flottant entre deux réalités. On n’y perçoit plus aucun son, hormis des murmures semblant provenir d’outre-tombe et vouloir y aspirer votre âme.

Dépitée par ce revers si rapide, Lia Chen se concentre pour que ses capacités télépathiques lui montrent Xiao Long. Il ressort de la maison de Gu Xinjue, le teint pâle, affaibli, mais la mine satisfaite. Il n’a pas hésité à se sacrifier pour que la sorcière puisse bannir un monstre qui progressait du côté de la rivière Hongpu.

Un rugissement hideux explose à quelques mètres de Lia Chen. S’extirpant d’une mare d’eau saumâtre, une créature gigantesque apparaît. Elle est boursouflée, visqueuse et couverte de bubons suintants. Elle ressemble à un batracien difforme, est pourvue d’une corne aussi grande que celle d’un rhinocéros, à un œil porcin au regard presque humain et un autre œil qui gesticule au bout d’une protubérance bouffie ressemblant à un furoncle.

Lia Chen tressaillit. Elle a devant elle la Peste Jaune, l’un des lieutenants les plus coriaces du Seigneur des Enfers.

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