Dominant species
2 à 6
Joueurs
12 ans et +
Âge
180 min
Temps de partie
54,99 € prix de vente conseillé
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Espèce de jeu étonnant

10,0

Très clairement, le thème de la survie des espèces n'est pas mon kiffe. C'est pas que je me foute du devenir de la planète ou des animaux en voix de disparition (l'Homme par exemple), loin de là d'ailleurs, mais j'avais été assez refroidit par Evo, planplan, répétitif et longuet. Et puis il faut tout de même bien reconnaître que ce n'est pas un sujet très palpitant, en termes ludiques s'entend.

Or il se trouve que Dominant Species est précisément ce qu'on appelle un jeu thématisé. Sans être un Brass non plus, la mécanique générale rend très bien compte des facteurs climatiques qui ont pu présider à la disparition de certaines espèces. Du coup, c'est long comme une période glaciaire. C'est un poids lourd ce jeu. On réfléchit beaucoup. Une première partie à six a nécessité la bagatelle de cinq ou six heures de jeu. L'explication de règles est assez conséquente, mais surtout le jeu demande beaucoup, beaucoup, beaucoup de matière grise en fusion.

L'affaire était pourtant mal embouchée. Outre l'appréhension que je nourrissais à l'égard de ce jeu, j'ai mis trois grands tours à me mettre dedans, à vraiment comprendre tout un tas de petits détails essentiels tels que la différence entre la dominance et la domination, et comment tout cela s'articulait. Trois tours pendant lesquels j'ai été sérieusement tenté de jeter l'éponge.

Lorsque soudain tout s'est éclairé, il était trop tard. J'avais pris pas mal de retard, et la chance, qui pourtant n'intervient que de manière dynamique, a réellement été contre moi en raison d'une configuration de jeu non seulement malheureuse mais tenace (ce sont des choses qui arrivent parfois, on en a tous connues). Cela dit, pour être tout à fait honnête, il est possible de refaire son retard à la fin, lors du décompte final, haletant et spectaculaire.

Graphiquement, je le trouve assez froid. Si les tuiles et les petits jetons sont assez jolis, l'ensemble demeure d'une relative austérité.

A ce stade, on est en droit de se dire que je ne suis pas rancunier. Il n'y a objectivement pas de raison de l'être car c'est un jeu qui, bien qu'assez couillu, possède une mécanique originale. Si elle n'est pas pour autant totalement révolutionnaire, elle reste fluide, immersive et thématisée (les pouvoirs spéciaux de chaque espèce, pour n'évoquer que ce détail), tout en dévoilant une richesse de possibilités monstre. On ressent bien cette impression de lutte pour la survie car il faut s'adapter aux changements climatiques parfois chaotiques. Il faut aussi constamment surveiller ses adversaires, anticiper leurs actions, le jeu offrant l'opportunité de le faire. Non, on n'est pas complètement dépendant du sort. C'est en ce sens-là que je parlais de "hasard dynamique", parce qu'il ne pèse pas sur la stratégie (sauf en de rares exceptions). Malgré son temps de jeu, on est dedans tout le long. La perception du temps ludique est ici inversement proportionnelle à celle du temps géologique qui a connu la dérive des continents, l'extinction des dinosaures, l'apparition de l'Homme, son évolution, la fin des civilisations antiques, et aujourd'hui de la notre... Super jeu vraiment, à réserver à des joueurs chevronnés cependant, les novices risquant fort de s'y casser les dents, ce qui n'est pas très bon pour leur adaptation...

Alors bien entendu, on pourra toujours contester la vision tout de même assez compétitive de la vie induite par ce jeu, et on aura sans doute raison de le faire, mais il n'en reste pas moins que Dominant Species est une formidable machine à faire penser.

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