Du jardinage postapo expert et doux
Planta Nubo vous propose de recréer un jardin dans un monde renaissant.
Ce thème, complètement plaqué pour obtenir un jeu mécanique à l'allemande, diffuse tout de même une ambiance très agréable, dessiné dans un style chatoyant et fouillé à la Maracaïbo ou Woodcraft.
Les mécanismes tendent aussi vers de la construction de moteur, et la comparaison s'avère intéressante: pour moi, le premier était un poil trop complexe, plein de règles arbitraires uniquement justifiées par l'obsession des combos et stratégies multiples, le second beaucoup trop tendu et punitif, uniquement réservés aux vrais pros de la planification rigoureuse (encore un niveau au-dessus de Marco Polo par exemple).
Planta Nubo résout tous les problèmes ressentis sur ces deux jeux que j'aurais tant "aimé aimer": ici, la planification est exigeante mais douce et adaptable, les règles foisonnantes mais intuitives.
Sur une base de choix d'actions sur des interstices (à la Spyrium ou Calimala) s'ajoute du pick-up and delivery (apparemment inspiré de Loyang) et de la pose de tuile avec Polyominos, plus des choix de cartes sur rivière ajoutant des actions perso, le tout donnant un cocktail sympa et original, même si on doit au passage assimiler un grand nombre de mini-actions d'ajustement.
Ces dernières, un peu comme dans El Burro, sont sensées fluidifier et débloquer notre programmation d'actions et éviter les tours blancs (coucou Woodcraft) mais la conséquence en est qu'il est pratiquement impossible de ne pas en oublier quelques-unes à la première partie, d'autant que le tour de jeu comporte énormément de phases possibles -la plupart étant optionnelles, les tours deviennent de plus en plus longs au fur et à mesure qu'on se met à comboter en folie. A ce titre, si vous aimez les tours "royaux" interminables, ce jeu est fait pour vous, même si on a quand même souvent l'impression qu'on les obtient en grand partie grâce à la chance!
Outre ces nombreuses mini-règles d'apoint à la El Burro (en plus simple tout de même) les gens qui ont joué avec moi ont aussi pointé le tirage totalement arbitraire des cartes sur la rivière, en particulier des objectifs de fin de partie (de plus en plus nombreux) ce qui cette fois rappelle un peu un écueil du Hallertau de Rosenberg.
Il est étonnant que Uwe n'ait pas tenu compte des nombreuses critiques adressées à Hallertau sur ce point, d'autant qu'il s'agit peut-être du dernier véritable gros jeu qu'il a créé (le proto de Black Forest datant en réalité d'une quinzaine d'années). A vrai dire, je n'y vois pas non plus un défaut, mais en ces temps où les joueurs apprécient tellement le contrôle, une telle dose de chaos peut être rédhibitoire.
Malgré ces "défauts" que je n'ai pas vraiment ressentis personnellement, j'adhère sans aucune réserve à ce Planta Nubo, dont l'esprit très visuel me correspond à 100%, par rapport à des jeux de planification purement cérébraux qui peuvent me plonger dans la confusion (j'ai déjà cité Woodcraft et Maracaïbo, et je pourrais ajouter Seti).
Sa plus grande qualité réside donc dans l'intrication visuelle de ses mécaniques: on a la sensation de ce que pourrait donner un jeu de Wolfgang Kramer s'il faisait de l'expert, certaines actions rappelant même des jeux pour enfants (par exemple la pose des petites forêts carrées qu'on garde en réserve sur son second plateau perso).
La notice m'a semblé très claire (surtout que je ne suis pas vraiment un pro de la comprenette) et si l'on prend en compte que je l'ai choppé à 21 euros lors d'une promotion d'été, je suis vraiment ravi par ce sympathique jardinage postapo qui déboule directement dans mon top des jeux expert, juste à côté de ses cousins El Burro, Hallertau ou le simple mais très bon Atiwa.