Chinatown
Par Karsten Hartwig
Illustré par Mathieu Leyssenne
Édité par Filosofia
3 à 5 joueurs
Nombre de joueurs
12 ans et +
Âge
90 min
Temps de partie
40,00 € prix de vente conseillé
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Des négociations du Serpent jusqu'au Chien

7,1
Sur la boite de Chinatown, est précisé en sous-titre "L'art de négocier". Au moment où j'écris cet avis, ce jeu de Karten Hartwig édité en 1999 par Alea puis réédité en 2008 par Filosofia bénéficie d'une bonne opinion (8,16/10) sur Trictrac ; Sur les 148 avis, (bientôt 149), il fait le plein d'étoiles à 57 reprises. C'est flatteur...

... et bien laissez-moi vous dire une chose : c'est aussi particulièrement trompeur. En effet, à l'instar d'un Genoa (Die händler von Genua, R. Dorn, édité initialement chez Alea également) ou d'un Marchands du Moyen-âge (Die Händler pour les plus anciens, du duo Kramer-Ulrich, Queen games 2002), j'ai toujours constaté que les jeux de négociations commerciales étaient rares sur les tables, hormis sous des formes plus simplifiées avec des jeux de cartes comme Bonhanza ou Boursicocotte. Je suis donc assez surpris par la haute estime dans laquelle Chinatown est tenu alors qu'il a été et reste rarement pratiqué au final... en tout cas j' ai vu assez peu de retour à son sujet, à l'époque comme aujourd'hui et j'ai toujours eu quelques difficultés à le faire jouer dans mon ancien club ou même à la maison.

Il faut dire que les jeux de négociations, par définition, ne sont pas pour les timides ou ceux qui aiment jouer dans leur coin avec un plateau individuel et une interaction réduite. Il faut avoir un peu de bagout pour s'imposer, une capacité à évaluer la valeur des choses et des propositions qui sont faites. Dans le cas d'un Chinatown qui repose en grande partie sur des échanges de tuiles, d'emplacements et/ou d'argent, il faut être attentif, réactif, observateur, convaincant et savoir faire rapidement un bilan coût/avantage. Il faut aussi avoir un peu de résistance physique, car comme dans Genoa, c'est un jeu qui peut vous épuiser si vous vous investissez dans chaque tour.

Pour le thème, sachez que vous êtes un immigrant chinois qui arrive pour faire fortune à New-York dans son quartier de Chinatown qui s’agrandit. Le premier tour commence en 1965 (année du Serpent) pour se finir en 1970 (année du Chien). Vous allez consacrer vos économies à acheter des locaux pour y installer des commerces divers (Restaurant, Sea food, Florist, Antiques, etc... oui, même dans la VF, les noms de boutiques sont restés en anglais, sans doute pour faire plus new-yorkais) et tenter naturellement de faire fortune. Pour cela, attendez vous à investir de l'argent, mais aussi à faire des échanges avec vos adversaires... car le jeu repose en grande partie là-dessus : un joueur possède un tuile Tea House, il vous en faut une pour compléter un de vos bâtiments, alors vous pouvez proposer de l'argent, ou bien une tuile Laundry que ce joueur recherche, ou bien échanger contre une de vos boutiques déjà présente sur le plateau... beaucoup possibilités mais tout cela se joue en simultanée ! Oui, on négocie partout en même temps autour de la table. J'ai joué des parties à 4 et 5 joueurs (des configurations chaudement recommandées)... et bien c'est animé, croyez-moi.

Néanmoins, Chinatown ne repose pas que sur des négociations. A chaque tour, il y aura une distribution aléatoire de tuiles et de cartes immeubles (le nombre varie selon la manche et la configuration), qui changeront la donne pour le nouveau tour. Cette phase qui fait appel à un peu de hasard n'est pas désagréable et elle est importante même car elle permet à chaque joueur d'obtenir de nouveaux éléments à échanger (ou pas), si bien que les situations ne restent pas figer.
Le jeu n'est vraiment pas compliqué et le matériel fourni, particulièrement dans la réédition de Filosofia, est agréable à l'oeil : les tuiles représentant les commerces sont plutôt jolies (Tropical fish et Florist notamment), le grand plateau est un peu sombre mais finement illustré si on le regarde en détail ; Les cartes-billet sont du plus bel effet et enfin on a des jetons en bois colorés, certes très classiques mais parfaits pour leur utilisation en tant que marqueurs de propriété.

Alors pourquoi diable un jeu comme ça est-il plutôt mis de coté (oublié ?) aujourd'hui ? Et bien la notion d'argent, importante à Chinatown, n'a pas la préférence des joueurs de ces 15 ou 20 dernières années, pour des raisons dont l'exposé dépasserait sans doute le cadre d'un modeste avis. Pour aller à l'hypothèse la plus simple, disons que Chinatown rappelle peut-être un peu trop en esprit le-jeu-dont-on-écrit-pas le-nom-ici, comme sans doute tous les jeux de négociations commerciales avec plateaux et emplacements de construction. Pourtant, mécaniquement, Chinatown est quand même très éloigné du jeu-dont-on-etc....
Chinatown est efficace, fun même quand on y joue avec des personnes qui adhèrent vite à ses principes. Ma dernière partie s'est déroulée à une tablée assez improbable d'ailleurs qui réunissait une joueuse débutante, un wargamer confirmé, une joueuse plutôt occasionnelle, un joueuse régulière mais au caractère réservé et votre serviteur... et bien cette étrange aréopage a donné une partie bien sympa. Chinatown est donc aussi un jeu d'ambiance qui mériterait peut-être être de revenir plus souvent sur les tables à la maison, dans les clubs ou les festivals tant il génère une animation plutôt chaleureuse.

PS : Pour l'anecdote, lors de ma toute première partie de Chinatown, j'avais en tête un p..... d'morceau de Thin Lizzy qui s'intitule "Chinatown" de l'album du même nom. Il y a les solos de grattes bien sur, mais prêtez aussi votre attention aux changements de rythmes à la batterie... c'est énorme.

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