Des naufragés, des cités perdues, King Kong et Jenny

(Jouées : une dizaine de parties sur 4 scénarii différents)

Le jeu coopératif aura été une grosse tendance montante depuis le fondateur Seigneur des Anneaux de Knizia (2000). Au moment où je pensais que le genre allait saturer, il a vécu en 2013 ce qui a peut-être été sa plus grande année en trustant en particulier plusieurs prix de jeu de l'année (Andor, Hanabi).

Robinson propose une version Gamers du coopératif, complexe, exigeante avec des objectifs bien réussis : proposer un système de jeu pouvant supporter des scénarii variés (il faut changer ses habitudes d'un scénario à l'autre), une pression constante (la marque des coopératifs réussis) et une expérience narrative forte.

Ce dernier point est atteint par un mélange de mécaniques astucieuses qui le servent totalement :

* des personnages identifiés aux caractéristiques tranchées (classique)

* des événements très variés qui mettent la pression et enrichissent la narration,

* des réactions à la plupart des actions tentées (vous explorez ? Dommage, une vipère / vous construisez une palissade ? Ouille les doigts) qui ont souvent la bonne idée de se dérouler en deux fois : un événement immédiat et la promesse d'un événement futur quand la carte sera re-piochée.

A noter : les événements bien sur génèrent un hasard important qui peut transformer en un instant une situation confortable en stress extrême - le contraire est aussi possible.

Robinson offre une expérience narrative forte par un mélange de mécaniques astucieuses qui servent totalement cette ambition.

Dans l'ensemble Robinson pourrait être une réussite totale que je tempère par 2 problèmes majeurs qui malheureusement rendent difficiles sa prise en main et gâchent les premières parties :

* certes le jeu est complexe mais les règles ne facilitent pas la prise en main. Leur agencement sur un certain nombre de point défit la logique (Vous passez la nuit seul ? Ne chercher pas dans le paragraphe "Nuit", le point de règle est ailleurs) et malheureusement un certains nombres de points restent obscurs (ce qui est toujours plus difficile à avaler pour une localisation qui a lieu presque un an après la VO). On a également un gros ratage sur la règle de déplacement du camp, malheureusement cruciale : avant le déroulement de la nuit,

* il est incompréhensible pour moi que les deux grosses zones vides du plateau consacrées à la météo et la nuit ne soient pas utilisées pour rappeler de façon synthétique leur déroulement. On perd au début un temps faramineux à retrouver dans les règles la façon dont ces phases se déroulent.

Au final, il est facile de recommander Robinson aux amateurs de coopératifs motivés, l'expérience en vaut largement la chandelle, à condition qu'au moins l'un d'entre eux investisse un temps significatif à la maitrise des règles et à la recherche des informations manquantes ou cachées.