Brain drain

sur La Città
8,0

C'est toujours le sourire aux lèvres que j'aborde une partie de La Citta. Quand bien même le jeu de Gerd Fenchel – mais pourquoi ne connaît-on rien d'autre de cet auteur à part un Kraut und Rüben aussi affligeant que ridicule ? – n'est pas parfait, il réunit un grand nombre des qualités qui font les grands jeux.

La Citta, c'est d'abord un thème relativement fort : la naissance et le développement de grandes villes au moment de la Renaissance italienne. Les jolies illustrations, les petites figurines finement sculptées, les tuiles de qualité, bref le matériel splendide dans son ensemble – une réserve néanmoins sur le plateau – y concourt énormément. On pense beaucoup à Florence et la Toscane mais on regrette que le jeu ne se soit pas d'avantage appuyé sur une réalité historique précise. Les cités que l'on voit grandir sont des cités génériques, sans véritable personnalité. A la décharge de l'auteur : ancrer La Citta dans un passé déterminé aurait probablement gêné la rejouabilité en figeant trop les positions de départ.

La Citta, ce sont aussi des mécanismes remarquables, d'une grande fluidité. Les actions, simples, s'enchaînent sans heurt, ce qui confère au jeu du rythme. On ne s'ennuie pas. Il faut constamment analyser la situation, ses changements et anticiper l'avenir. Les dimensions tactique et stratégique sont ainsi mêlées, même si la première l'emporte tout de même sur la seconde.

Les parties sont souvent tendues du fait des petites parts de hasard et de bluff générées par les cartes. Il est souvent nécessaire de prendre des risques, de faire des paris. On pourrait même aller jusqu'à oser une comparaison avec le Texas Hold'Em Poker. Ces prises de risques ont d'autant plus d'enjeu que les interactions sont réelles. Une mauvaise évaluation peut conduire à la catastrophe en donnant un avantage décisif à un adversaire. D'ailleurs, on tient là le seul gros reproche que l'on pourrait formuler à l'encontre de La Citta : lorsqu'une ville commence à perdre des habitants, il est souvent très difficile, voire complètement impossible, d'en regagner. Une partie peut donc se gagner ou se perdre très rapidement.

Commentaires

Default