Aimez-vous Tigre & Euphrate ?

sur Go
10,0

Lorsqu’on pratique les jeux de société modernes, on tend souvent à regarder les « classiques » avec un certain dédain… Oui, les échecs, les dames, etc. C’est bien mais ça ne vaut pas la production actuelle en terme d’intérêt et de plaisir de jeu. Souvent, c’est le caractère abstrait et l’absence totale de hasard (qui vont d’ailleurs de pair) qui amènent à détourner le regard.

Seulement voilà, le Go est différent…

Si, bien sûr, l’abstraction est présente, le jeu fleure bon le conflit stylisé : on voit la bataille au sein de la guerre, les troupes qui se forment, les assauts, les poursuites, les retraites, les luttes à mort et, surtout, bien sûr la conquête de territoire. Ne dit-on pas d’ailleurs que le jeu de Go fut inventé pour enseigner l’art de la guerre ?

L’absence de hasard est également tout ce qu’il y a de plus sensible pourtant, le jeu n’a rien d’automatique ni d’abominablement calculatoire. Bien sûr, compter les libertés peut être pertinent et il est bon de pouvoir lire des enchaînements mais le Go est d’abord un jeu d’efficience où il faut savoir prioriser ses actions. Pour gagner, il faut sans cesse savoir ralentir lorsqu’on l’emporte, s’arrêter lorsqu’on est défait et trouver le coup le plus urgent et le plus rémunérateur.

Lorsque je m’y suis mis, je me suis demandé si le Go ressemblait à mon jeu favori et j’avoue avoir trouvé plus d’une ressemblance :
1. La tension – Lors d’une partie de T&E, je suis tendu comme une arbalète : que faire au mieux ? Quel assaut mener ? Ce conflit va-t-il aboutir ? Après une partie de Go, je suis nerveusement éprouvé… J’ai cherché à vaincre mon adversaire, j’ai joué quelques bons coups, d’autres moins bons… Une partie avec le bon niveau de handicap est des plus passionnantes.
2. L’apprentissage – Le Go n’est pas un jeu que l’on maîtrise à la lecture des règles… Il y a des plis à prendre. C’est même un euphémisme de dire qu’on ne l’apprend pas en un jour. C’est un jeu sur lequel on peut sans cesse progresser. T&E est sans nul doute plus simple mais il faut également un certain nombre de parties pour faire les bons choix, jauger les risques.
3. Le jeu à l’instinct – C’est à la fois vrai et moins vrai. Au Go, il faut réfléchir… Tout est sur le plateau mais il est difficile de suivre très loin les conséquences de ses choix. Pourtant, une part du jeu se fonde sur des formes de pierres ou une perception visuelle du point où il faut jouer. Tout n’est pas que calcul, loin s’en faut. Je trouve que c’est le côté le plus étonnant du jeu : pas de hasard et pourtant le fait que l’on dresse un tableau d’ensemble à l’aide de toutes petites touches dont on ne perçoit pas la portée.
4. La composante spatiale – C’est indéniable : les deux jeux se jouent dans l’espace bien que l’un soit qualifié de jeu de territoire et l’autre de jeu de placement. On part à chaque fois d’un plateau vide et l’on ajoute et retire des tuiles sans jamais vraiment les déplacer. Pourtant, dans les deux jeux, on a l’impression d’approches, de déplacements, d’invasion. Le plateau aussi peut changer d’allure au gré des conflits.
5. La tactique et la stratégie. Le Go se joue sur un plateau de 19x19. Ne voir que le théâtre d’une opération est une garantie d’échec. Il faut savoir mener un grand plan au travers d’un mélange d’escarmouches et de prises de position. A T&E, le système de score oblige également à voir le grand dans le petit et à garder l’œil sur l’objectif du jeu.
6. Le jeu contre soi. Le Go et T&E ont en commun de s’amener à se dépasser… D’une manière un peu différente. Pourtant, dans les deux jeux, l’ennemi à vaincre, c’est d’abord soi. Une grande part du plaisir du Go est de se sentir progresser de partie en partie… Certains sites en ligne (KGS) sont extrêmement bien fait pour vous montrer, chiffres à l’appui, votre progression. Au travers de ses adversaires, c’est bien soi-même que l’on essaye de surpasser. A T&E, si la progression personnelle compte, il y a aussi une part de jeu contre soi… Notamment dans la sélection des conflits. Il y a un côté « réussite » à parvenir à lire le contenu de la main adverse en fonction de ses choix et de ses réactions.
7. L’esthétique du jeu. C’est affaire de goût mais il y a un côté tactile à ces deux jeux. Une partie du plaisir du Go est aussi physique : le choc des pierres sur le damier, le plateau en relief, la capture des prisonniers. Même si T&E est un jeu ayant un thème, il a ce charme des gros pions en bois, des petits cubes et des monuments. Ils sont très différents mais j’avoue tous deux les apprécier.

Si vous aimez Tigre & Euphrate, peut-être devriez-vous vous mettre au Go.

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