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Kickstarter : vécu par les éditeurs, de le papotache !


Monsieur Benoît et Monsieur Phal, avec l'assistance de Monsieur Guillaume et Monsieur Matthieu, ont profité d'être venus à l'officine pour en dire plus sur le vécu d'une campagne Kickstarter vue de l'intérieur (en 2017). Parce qu'ils en ont gros ! Ils en ont gros !
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Commentaires (110)

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strat
strat
kickstarter ou comment s'en mettre plein les fouilles
Sab Rine
Sab Rine
Les gens à qui on a donné tant de proximité avec les auteurs/éditeurs etc via kickstarter, à tort ou à raison (les deux sans doute), se sentent effectivement en droit, outrepassant une limite "morale" ou de simple respect je dirais, de se permettre beaucoup de choses comme proposer des changements de règles, changement du nombre de joueurs (je ne parle pas ici de suggérer un modo solo/IA), changement du traducteur, d'illustrateur et j'en passe. Je trouve ça juste hallucinant. Je trouve que cette proximité est un privilège, n'en abusons pas ! gardons les limites du respect old school.
Combien de ces gens-là ont déjà réalisé un jeu (jusqu'au bout) pour se permettre autant de conseils avisés à l'auteur ?
Sab Rine
Sab Rine
Oui, très intéressant !
j'avais une question du coup, Monsieur Benoit dit que tous ses jeux ne sortent pas sur kickstarter (comme beaucoup d'autres gammes de jeux, je crois) alors, ma question est : qu'est-ce qui fait que l'on sorte un jeu sur KS et pas l'autre... peut-être les jeux plus chers comme ceux avec plein de figurines ? plus compliqués à produire ?
Da bear
Da bear
[avec un léger train de retard]
Comme l'a justement fait remarqué Harry Cover, les boutiques sont effectivement bien assez grandes pour signer leur arrêt de mort seules...que ce soit en se tirant dans les pattes les unes des autres (et je ne parle pas seulement de la ridicule opposition online/offline), en refusant de muter avec leur époque, en n'étant tout simplement pas proche de se clientèle...et j'en passe.
Alors effectivement, jouer les justiciers pour des boutiques parce qu'elles ont des valeurs...ça me fait doucement marrer. La plupart se plaignent passivement de voir les articles qu'elles vendent ("leurs" articles ? Franchement...) être moins chers ici, moins chers là, être vendus par un tel ou un tel, faire du mal au merveilleux monde du jeu qu'elle défendent corps et âme depuis toujours. Mais elles s'enlisent dans un modèle qui peut les entraîner par le fond. Reste à savoir quel est leur priorité : faire vivre leur passion du jeu (et parfois, leur passion, on a du mal à la sentir, vraiment) ou se faire vivre. L'un n'est pas incompatible avec l'autre, mais l'ordre d'importance pèse pour définir leur avenir.
Arrêtons un peu de surprotéger les boutiques et donnons-leur la chance de se protéger elles-mêmes en étant intelligentes. Protégeons plutôt la créativité et les auteurs qui en font preuve.
ehanuise
ehanuise
La marge sur KS est meilleure, mais pas incroyablement meilleure et il est clair que en voyant le montant levé on oublie souvent que c'est loin d'être ce que reçoit l'éditeur.
Il y a 8% de kickstarter, la logistique (de l'usine à l'entrepôt qui expédie aux backers), les taxes douanières et TVA, les frais de port, et naturellement les royalties.
Sur 100€ levés, il reste 92 (8% KS) moins la logistiques, moins entre 12 et 25€ de frais de port (les frais affichés sont plus bas que les frais réels pou l'expéditeur la plupart du temps), et entre 5 et 12% de royalties suivant le contrat avec l'auteur, et parfois aussi des royalties pour l'illustrateur. Ajoutez ensuite les frais de pub (banners, concours, vidéos, etc.), et le bénéfice par boite est assez faible - et sert souvent à payer le reste du tirage.
Pour quelques méga-campagnes qui récoltent des sommes folles et font des milliers de backers, la plupart des campagnes jeux de société tournent entre 500 et 2000 backers en tout. Celles qui font plus restent encore rares.
loïc
loïc
Entre 500 et 2000 boites, une sortie boutique normale bien menée le fait. Donc, si l'éditeur ne gagne pas réellement plus en passant pas KS, pourquoi le faire ?
ehanuise
ehanuise
Pour avoir les sous qui permettront de fabriquer le jeu ?
Pikaraph
Pikaraph
Quand tu n'as pas l'argent pour lancer la prod de ton jeu (parce que les banques ne veulent pas te prêter, par exemple), c'est une solution pour "kickstarter" ta prod... le terme Kickstarter est totalement en adéquation avec le concept, même si dans certains cas ce n'est pas l'usage premier.
Pitpipo
Pitpipo
faut pas oublier les 1 à 2% pour le pledge manager...
Salmanazar
Salmanazar
Discussion très intéressante à suivre.
Djinn42
Djinn42
Je réagit à cette phrase d'inifinity en particulier et aux mécontents du KS en général :

"je dénonce clairement des dérives sur des éditeurs de jeux qui devaient être exclusivement distribués en boutique à l'origine et qui ont miraculeusement changé leur fusil d'épaule en voyant le jackpot."

Avec ma faible intelligence en matière économique je me dis quand même que si des éditeurs font ce choix et s'en sortent si bien sans le circuit classique, je ne vois pas pourquoi d'autres s'en priveraient. Ils en assumeront les risques s'ils se plantent.

------- Le premier argument : le format d'édition -------

Le format d'édition de Conan fait qu'il n'a pas un grand intérêt en version classique pour le joueur lambda. Dans l'absolu il reste relativement limité avec ses 4 personnages jouables pour quelqu'un qui se cantonne aux règles et aux scénarii telles qu'ils sont écrits. Pour l'apprécier pleinement il faut mettre les mains dans la machine et se faire ses petits ajustements, ses petites règles, ses petits scénarii maison. Pas à la portée de tout le monde. Et finalement, ce pas tout le monde s'est retrouvé en masse sur le KS. Je ne parle pas d'intelligence du tout, simplement d'être suffisamment joueur pour accepter que jeu ne donne pas tout son potentiel simplement avec ce qu'il y a dans la boîte mais qu'il nous invite à mettre un peu de nous dedans. Tient, comme un JDR dis donc...

Ensuite, la comparaison qu'ils ne manqueront pas de faire entre le contenu de leur version classique et l'équivalent KS les refroidira immanquablement.

Est-ce que pour autant il fallait l'éditer sous un autre format pour ne pas pénaliser le circuit classique ? Je n'y vois aucune raison. C'était pas du tout dans l'intérêt des joueurs. Et rien ne dit que les 90 € de financement sont une perte sèche pour les boutiques. D'une part ils ont été investis pour une période assez longue et dans l'intervalle les joueurs ont continués à acheter. Après quoi on trouve en boutique la version classique un peu castrée, évidemment, mais aussi les add-ons et les extensions qui viendront. Pour le coup, le démarrage fait peut-être grincer des dents, mais si le suivi est assuré par Monolith les boutiques n'auront pas à se plaindre. Tout le monde n'a pas craqué sur les extensions à l'époque, donc certains viendront en boutique pour prendre la suite.

Mais pour qu'il y ai suivi il faudra créer de bonnes conditions d'accueil à la gamme. Court terme et moyen terme.

------- Le second argument : humainement impossible -------

Il est humainement impossible, même pour quelqu'un qui tient une boutique, de jouer à tous les jeux ni de tous les avoir en boutique. Partant de là il faut donc faire des choix si on veut être de bon conseil et crédible quand on vend ces produits.

Si un jeu financé sur KS n'est pas d'un format compatible avec le circuit classique et qu'on doit arbitrer entre tous les jeux qu'on pourra vendre, pourquoi tenir absolument à vendre un truc pas fait pour, c'est idiot.

------- Le troisième argument : Les dollars -------

Le gros fantasme de l'argent qui coule à flot. Les marges, les bénéfices, le chiffre d'affaire, les millions au compteur. Ça fait bander cinq minutes et puis on écoute les gens concernés en parler.

On les aime bien mais on les trouve suspects et on sort notre calculatrice. Et puis on se dit que, merde, c'est pas ce qu'on avait imaginé. Enfin ça c'est si on fait l'effort d'aller au-delà de la simple lecture des chiffres affichés.

Pour le coup Fred Henry et Benoit Banier ont très ouvertement parlé du sujet, chose qu'on n'entend habituellement pas du tout. Par pudeur certainement. Et ils montrent par a + b qu'ils augmentent leur marge évidemment. Mais rien de renversant. Enfin, je suis le seul à leur trouver toujours une salle gueule de types fatigués ?

Se coltiner le monceau de conneries qu'ils doivent se coltiner avec leur boite d'édition, la tonne de travail pour faire qu'à la fin tout le monde est content. Et encore même pas. Ben je leur laisse volontiers et je dis merci.

J'ai vu la Batmobile de Fred Henry à St Vincent de Boisset, ben elle ferait pleurer le joker. C'est dire.

------- Le quatrième argument : le circuit classique -------

L'économie du jeu s'est construite sur un format classique qui a perduré longtemps. On doit aller dans un boutique acheter une boite depuis très longtemps. Oui, enfin 40 ans en fait.

Depuis on a vu apparaître les boutiques en ligne. Les grandes surfaces, spécialisées ou pas. On a même vu apparaître des versions numériques des jeux de société.

Pour le coup, le secteur a un wagon de retard sur les autres produits culturels. Musique, films, livres, jeux vidéos.

Les vidéothèques ont disparu. C'est triste, surtout pour les jaquettes porno au fond, derrière le rideau de perle.
Les disquaires ont quasi disparu, c'est pas marrant c'est sûr. Les gens écoutent pourtant plus de musique qu'avant.
Les gens s'abonnent à Netflix et sortent moins au cinéma. Même pas finalement.
Les liseuses font perdre des parts au marché classique du livre. Pas tellement et on a jamais autant lu.
Les livres de poche ont démocratisé la lecture ou l'ont appauvri. Qui sait.

On peut discuter des heures des mutations du secteur, prendre les chiffres dans le sens qu'on veut. Le secteur évolue et les pratiques d'hier ne sont pas celles de demain. Il était impensable qu'un éditeur puisse se débrouille tout seul, et même se monter de toute pièce pour l'occasion d'un jeu et se passer de tant d'intermédiaires. Beaucoup l'ont fait maintenant.

Certains se sont plantés ou ont simplement été moyens. Mais d'autres ont montré que c'était possible, que le consommateur pouvait même y gagner et tout ça avec des chiffres affriolants.

La réaction ne devrait pas être de condamner ces pratiques mais de les comprendre. L'adaptabilité est une nécessité économique. Si ils peuvent fonctionner comme ça il faut soit l'accepter soit essayer de se faire une place dans le circuit.

J'ai même vu des tentatives de culpabilisation. On touche le fond en matière d'argument.

Je suis beaucoup plus gêné par des grandes surfaces qui vendent des boîtes de jeu que je trouve aussi dans ma boutique préférée. Je parle même pas des rayons incongrus dans les FNAC et assimilés, sans là non plus de vendeurs dédiés.

En terme d'impact, malgré ce foutage de gueule navrant, j'aurai tendance à penser que c'est sans commune mesure avec KS. Quand on sait ce que représente un Dobble ou autre en terme de ventes ça fait peur..

Et pendant ce temps il n'y a jamais eu autant de boutiques de jeu de société, de bars à jeux, d'associations de joueurs, de salons et d'affluence dans ces salons. Que chacun en veuille sa part est normal mais il faut s'en donner la peine sans quoi la mutation se fera sans vous.
ehanuise
ehanuise
En tout cas, Kickstarter évolue et se structure... récemment ils ont lancé un programme d'experts certifiés. Cela coupera probablement l'herbe sous le pieds des experts autoproclamés qui parlent beaucoup mais ne tiennent pas forcément des propos pertinents... ^^
https://www.kickstarter.com/experts
infinity
infinity
Je suis globalement d'accord avec ce qui a été dit par Fred Henry. Il ne faut pas oublier que le Kickstarter restera dans les cas qu'il a évoqué un produit de niche destiné à un public averti et passionné. Un public, qui au nom de cette passion est prêt à attendre plusieurs années pour recevoir son jeu...
Mais les boutiques physiques sont celles qui permettent l'élargissement du marché du jeu de société. C'est grâce aux boutiques que quelques années plus tard certains joueurs vont évoluer vers des jeux Core. J'ai pour ma part commencé comme beaucoup avec des petits jeux d'ambiance. Cette évolution de l'expérience du jeu amène un pourcentage non négligeable de joueurs à s'orienter à terme vers des jeux plus lourds. Du coup les Kickstarter ont besoin des boutiques pour le renouvellement de leur parc de joueurs. Car ces mêmes joueurs vieillissent et finissent par ne plus jouer pour des raisons très diverses (famille, travail, lassitude...).
Tous les produits kickstartés que j'ai pu vendre en boutique se sont peu vendus mais le marché existe.

Maintenant et même si je suis d'accord sur cela, je dénonce clairement des dérives sur des éditeurs de jeux qui devaient être exclusivement distribués en boutique à l'origine et qui ont miraculeusement changé leur fusil d'épaule en voyant le jackpot. Car il s'agit bien de jackpot dans certains cas !!!!
Je me rappelle ainsi d'un jeu de cartes d'exploration français qui a été pledgé pour un montant total de 1,2 million d'euros en 2015. D'ailleurs les contributeurs attendent toujours leur jeu à ce jour qui serai peut-être livré en septembre 2017??? Deux ans pour recevoir un jeu, presque un an de retard sur le délai prévu. D'ailleurs ce n'est pas du tout un jeu Core??? Alors erreur de casting ou business?
Ce sont ces dérives que je dénonce, des éditeurs qui délaissent petit à petit le circuit classique pour glisser dans les Kickstarter des produits non gamers, des délais non respectés, des jeux avec plein de bugs (je ne cite pas d'exemple mais vous savez de quels jeux je parle). Et surtout cet appât du gain sur le dos des contributeurs passionnés que l'on prend en otage en leur annonçant tout simplement qu'il n'auraient pas pu sortir le jeu avec le circuit classique. Eh bien pour la plupart des jeux cités plus haut c'est faux !!!
Harry Cover
Harry Cover
tu parles de 7Th continent ?
gSigh
gSigh
Je ne connais pas tous les rouages du système de distribution, mais dans la vidéo, il est rappelé que se passer du distributeur et du magasin, c'est assumer toutes les charges.
Donc certes, le gain est supérieur, mais l'implication, le temps de travail, le stress, le SAV des rageux sont entièrement pris par l'éditeur.
Si des gens sont assez motivés pour prendre cette lourde charge afin d'en tirer plus de profit, ça les regarde, non ?

Comme l'a dit Fred Henry, je ne crois sincèrement pas que les éditeurs sur KS soient responsables de la bonne santé ou non des boutiques spécialisées.

Quant aux contributeurs pris en otages, on est grand et responsable. La plupart savent à quoi s'attendre en pledgeant sur KS.
Eolindel
Eolindel
Sur le 7ème continent, pour moi, un jeu en solo de base et jouable jusqu'à 3 (et pas 4) avec des parties de 20h, ce n'est pas non plus franchement ce que j'appellerai un jeu "casual"...
Djinn42
Djinn42
On avait pas tous ces questionnements du temps des minitels. Ni de virus rançonneurs. Le progrès c'est chiant.