Jeu de rôle, 1991

Quand on laisse YouTube défiler, que les vidéos s’enchaînent à partir d’une première recherche, il arrive de tomber sur une petite pépite.

Je gardais le souvenir d'une émission sur LA5, animée par André Berkoff. Une sorte de magazine mi-information, mi-talk-show, mi-quelque chose. Une des émissions avait pris pour sujet le jeu de rôle.

On devait être dans les années 90, c'était un évènement : une émission TV était consacrée au jeu de rôle et traitait le sujet sans mépris. C'est sur un enregistrement de cette émission sur lequel je suis tombé il y a quelques jours.

Je ne suis pas dans un trip "le-monde-d'avant-il-était-mieux". Cette émission est une lucarne sur ce que pouvait être le jeu de rôle et les rôlistes dans les années 90, avant les attaques par la presse qui mirent fins à bon nombres de subvention de club, avant l'arrivée de "Magic" qui absorba une grande partie de l'argent dans le loisir du jeu, avant les attaques des associations anti jeu de rôle aux USA. Voir par exemple :

  • cette vidéo qui synthétise cette période : https://www.youtube.com/watch?v=Cq7lks1WA2k.
  • ce livre JEAN-HUGUES MATELY, Istre, Toulon, Carpentras. Jeu de Rôle. Crimes ? Suicides ? Sectes ?, les Presses du Midi, 1997.
  • etc ...

Pourquoi prendre une petite heure pour visionner l'émission ?

Les intervenants. Prennent tour à tour la parole : Nedelec, Guisserix, Vétillard et Croc. Outre de voir et entendre une partie des "fondateurs" du jeu de rôle en France, leurs interventions éclairent la volonté d'institutionnaliser le jeu de rôle, et de construire une communauté de rôlistes. Cette volonté d'institutionnalisation semble marquée par plusieurs thématiques. Le secteur se structure. Au moment de l'émission, le secteur possède un média la revue "Casus Belli" (Guisserix et al.), des auteurs, des traducteurs qui facilitent l'accès à la production anglaise et américaine, des éditeurs, une production à la fois créative et presque pléthorique, des joueurs et des clubs et des associations, des fanzines photocopiés plus ou moins confidentiels. Les discours des intervenants, ainsi que du public, est aussi marquée par une opposition entre production française et nord américaine, où transparaît une opposition entre qualité française et commerce américain. Le jeu de rôle est positionné entre loisir, sociabilité et éducation.

Guisserix montre une grande attention à avoir un discours très pédagogique pour expliquer le jeu. Ses interventions repositionnent, recadrent, comme pour maintenir une image claire de ce loisir. Les opérations de recadrage sont en contraste avec les formules synthétiques du journaliste/animateur et les engouements des joueurs qui témoignent de leur vécu. Négociations entre intervenants pour la construction d'une image du jeu rôle qui resterait au sensationnalisme, à l'enfermement dans une sous-culture.

Les apports positifs du jeu de rôle sont abordés. Il y a un peu de psychologie 'hm, hm', on surfe un peu sur la confusion avec le jeu de rôle thérapeutique. Le débat sur l'intégration du jeu de rôle (pas du jeu thérapeutique de Moreno) dans la didactique est intéressante.

En contrepoint, l'émission aborde déjà le thème critique et sensationnaliste : la folie, le danger des jeux de rôle. Mais ce sujet est très vite expédié par les intervenants.

Les jeux de rôle ... moteurs de l'imaginaire, pli assez complexe entre mythologie, littérature, jeux, théâtre et matrice à récits. Cette archive de la télévision, c'est une occasion de comprendre une partie des origines de la production et des pratiques ludiques.

Le lien vers l'émission :

https://www.youtube.com/watch?v=RFzypxwWt44

8 « J'aime »

Merci pour l’excavation ! Y a Croc qui parle, je fonce !

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Epoque benie vivement un gros revival jdr ( c est possible nos gosses grandissent on regagne du temp et notre porte monnaie est plus en forme que lors de nos 20 ans)

A mon avis le “gros revival jdr” on est en plein dedans et depuis 3, 4 ans. Pour avoir connu la première époque, je pense même que l’on vit maintenant le vrai démarrage populaire du jeu de rôle.

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Oui merci pour l’excavation ,c’est tout à fait ça.

Oui, ça revient en force depuis quelques années ! On dirait que les détracteurs sont enfin emballés au cimetière, on peut reprendre une activité normale ^^

Ah bon ? Mireille Dumas n’est plus de ce monde ? :stuck_out_tongue:

J’en profite pour remercier “Croc” pour “Nightprowler” entre autre !!! L’un de mes Jdr préféré !!!
Les jeux de rôles, plus que des jeux !! Des univers !!! Inégalable !

“Didier Guisérix, vous dirigez la revue Casus Belli, qui, je le rappelle, tire à 50 000 exemplaires…”
“Revival”, mouais

Ca fait réver. Ils doivent être tres tres tres loin des 50 000 aujourd’hui. 10x moins ? 20x ? 50x ?

Oui, mais aujourd’hui il y a internet. Tout a baissé, les tirages des livres, les tirages des disques, les tirages des journaux… Par contre, les consultations des sites web sont énormes et les tirages des jeux ont augmenté :slight_smile:

@Monsieur Phal: oui, c’est vrai, mais je ne pense pas qu’un jeu (de rôles) édité aujourd’hui se vende comme à l’époque ?

Si on regarde l’Ulule de l’Appel de Cthulhu 7ième, c’est 3750 personnes qu’on peut peut-être doubler par la boutique. Alors, c’est pas mal mais pas tant que ça. Je me souviens qu’un supplément pour Agone pouvait être imprimé vers l’an 2000 à 3500 exemplaires. Un supplément !

Alors vous me direz “on s’en fiche de la 7ième édition quand on a la 5.5”, certes, mais je ne vois pas non plus de gros jeu pôle comme à l’époque avec D&D, l’AdC, Vampire, L5A (…).
Je ne pense pas que les tirages de jeux de rôles aient vraiment augmenté par rapport aux années 90 : aujourd’hui le jeu de rôles reste un domaine de création ludique qui ne paye pas, alors que les coûts de fabrication ont largement diminué. Il y a pour moi beaucoup plus de jeux qu’avant, mais en beaucoup moins d’exemplaires chacun.
Il faudrait qu’un site d’information ludique aille interviewer des pros sur le sujet ? :slight_smile: :slight_smile: :slight_smile:

avé des cheveux ! :smiley:
(patapé)

Le JdR a aussi énormément évolué, à donner de nombreux avatars (certains jeux de plateau coopératifs … dont récemment un jeu qui fait énormément parler !) et a même acquis des lettres de noblesse … Je pense par exemple au théâtre d’improvisation qui a le vent en poupe et qui finalement est ni moins ni plus qu’un hybride entre théâtre et jeu de rôle (situation de départ, cadre établi, improvisation, coopération sont aussi des fondements du JdR !).

il y a déjà des articles et des podcasts sur les tirages aujourd’hui, mais globalement on est en dessous des 1000 maintenant, même quand ca marche fort. C’est pas pour rien que tous les éditeurs passent par le CF pour lancer des gammes (ou les continuer), un échec commercial mettrait trop la trésorerie à mal, alors soit on refait de la trad à donf comme au début (coucou Hexago, JD, Oriflam), soit on sort des nouvelles choses mais avec un socle de contributeurs suffisants.
Néanmoins, si les tirages baissent, c’est surtout que le nombre de sorties explose, tandis que le nombre d’acheteurs est stable (si on prend les chiffres évoqués sur Café roliste, on est 3000 rolistes à payer pour l’ensemble des CF). le panier moyen a également beaucoup augmenté, donc même si les revenus des geeks sont supérieurs aux revenus des ados (souvent bourges, avouons-le) des années 1990, ca ne fait pas grande différence.
Je pense que malheureusement avec les revenus, les rolistes ont oublié les fondements du jeu de rôles : avec un livre, une gamme, on peut jouer des années sans avoir rien d’autre à acheter. Aujourd’hui, le revival n’est que l’expression commerciale d’une nostalgie de vieux. Les bibliothèques se remplissent, mais les parties s’espacent.